Les vêtements
Pourquoi s'habille-t-on ? (retour début)
Pour se protéger des intempéries
Pour ajouter une parure à son corps
Pour ressembler à ceux de son groupe
Pour se protéger des intempéries (retour sommaire)
Le vêtement est né avec le froid (retour sommaire)
Les premiers hommes ont vécu nus tant que le climat le permettait. C’est ainsi que, dans les régions tropicales où la température n’est jamais froide, certains peuples vivent encore pratiquement sans vêtements.
Sur notre continent, le refroidissement du climat obligea les hommes à protéger leur corps du froid. Constatant que les animaux qu'ils chassaient étaient mieux protégés par leur fourrure, ils eurent l'idée de la conserver au moment du dépeçage et de l'utiliser pour en couvrir leur corps.
On représente les hommes préhistoriques de Néanderthal couverts de peaux de bêtes, alors qu'on n'a jamais retrouvé ni cuir ni fourrure datant de cette lointaine époque. Mais l'étude scientifique des outils de pierre, retrouvés sur leurs sites d'habitation, permet d'affirmer avec certitude que des hommes les ont utilisés pour découper des peaux d'animaux.
Comment peut-on dater les restes préhistoriques retrouvés ?
Les archéologues relèvent tout ce qui se trouve sur la même couche de terrain, donc datant de la même époque. Tous les êtres vivants contiennent du carbone dont une partie (appelée Carbone 14) est radioactive. Après leur mort, cette part de Carbone 14 diminue progressivement. Quand on retrouve des restes d’êtres vivants (bois, ossements), le calcul du pourcentage de perte du Carbone 14, au cours des siècles, permet de dater approximativement leur époque de vie.
Comment peut-on déterminer à quoi ont servi les outils préhistoriques ?
Les scientifiques fabriquent des outils de pierre ou d'os identiques à ceux que l'on a retrouvés et ils les utilisent pour découper ou percer divers matériaux. L'observation comparée des outils préhistoriques authentiques et de leurs copies avec un microscope à balayage électronique, au très fort grossissement, permet de déterminer quels types de matières ils avaient servi à découper ou percer. C’est ainsi qu’on a pu certifier que certains outils préhistoriques de pierre avaient découpé du cuir ou de la peau d’animaux.
Une tradition probablement très ancienne, la cape de fourrure:
Au début du XXe siècle, des indigènes de la Terre de Feu, à l'extrémité de l'Amérique du Sud, vivant dans un climat rude, portaient pour seuls vêtements de grandes capes de fourrure. Les premiers vêtements préhistoriques ressemblaient vraisemblablement à ces capes. Il est probable que les pattes des peaux de bêtes donnèrent aux hommes l'idée de s'en servir comme ceinture ou bretelles pour les attacher au corps. Plus tard, les aiguilles d'os retrouvées prouvent que les peaux étaient cousues pour former de véritables vêtements.
Des vêtements servant aussi de camouflage:
Les fourrures avaient également l'avantage de permettre aux chasseurs de mieux s'approcher des animaux qu'ils chassaient. Les vêtements servaient ainsi de camouflage si l'on en juge par certaines gravures rupestres (dessinées sur les parois des cavernes). Il est possible aussi qu'une croyance magique leur faisait penser que leur déguisement en animal permettrait de mieux conquérir les proies en s’emparant de leur esprit.
Une adaptation au froid polaire, le costume esquimau (retour sommaire)
Le chasseur esquimau, affrontant les tempêtes de neige sur la banquise, n'avait de chance de survivre que si sa femme savait lui fabriquer des vêtements protecteurs.
Voici le costume d'un esquimau du grand nord canadien vers 1950 :
Les sous-vêtements sont en peau d'eider (canard sauvage nordique), tannée avec ses plumes.
Le pantalon et l'anorak sont en peau de caribou (renne de cette région) dont la fourrure est tournée vers le corps.
Le chasseur endosse en plus un deuxième anorak dont la fourrure est à l'extérieur, avec, autour de la capuche, une bordure en peau de glouton (carnivore du grand Nord), la seule espèce de poil qui ne gèle pas sous l'haleine humide de l'homme.
C'est l'air emprisonné entre les couches de vêtements qui sert d'isolant contre le froid.
Aux pieds, des bottes en peau de phoque ou de caribou.
Des moufles de fourrure protègent les mains .
Pour protéger les yeux des reflets aveuglants sur la glace, une paire de lunettes: une simple planchette de bois ou d'ivoire trouée de deux fentes et maintenue par un lacet de cuir.
Sous l'influence du modernisme, ces coutumes vestimentaires ont changé, ce qui n'est pas toujours un progrès lorsqu'il faut affronter le très grand froid.
Dans la chaleur torride du désert, le costume du nomade (retour sommaire)
La traversée des déserts de sable, au Sahara ou au Moyen Orient, pose autant de problèmes que le grand froid. Sous l'effet du soleil violent, la peau se dessèche, l'eau du corps s'évapore si l'on n'est pas protégé. La nuit, par contre, la température se refroidit brutalement. Parfois se lève une tempête de sable qui fouette la peau et blesse les yeux.
Voici comment les Touaregs ou les Bédouins se protègent dans le désert :
Les vêtements sont amples et superposés. L'air emprisonné entre les différentes couches de tissu sert d'isolant et protège le corps de la température extérieure.
Sur la tête, une longue bande de tissu est enroulée en turban pour isoler le crâne des rayons du soleil. L'extrémité du tissu sert aussi à couvrir le visage, en ne laissant qu'une mince fente pour le regard.
Aux pieds, des sandales très ouvertes permettant de marcher sur le sol brûlant sans se remplir de sable.
Pour se protéger sous les climats tempérés (retour sommaire)
Même sous les climats tempérés, une des fonctions du vêtement est de protéger notre corps de la température extérieure. Le principe de l'isolation par matelas d'air est valable pour tous. Nous savons qu'un chandail de grosse laine tricotée à larges mailles est plus efficace qu'un tricot plus serré.
Contre le froid, les vêtements sont variés : capes, pèlerines, houppelandes, manteaux de laine ou de fourrure, canadiennes, anoraks, parkas, doudounes. Une écharpe ou un cache-nez protège la partie sensible du cou. Un bonnet de laine ou de fourrure protège efficacement la tête.
Les gants ou les moufles protègent les mains. Les mitaines laissaient le bout des doigts découverts pour permettre des gestes précis, par exemple, compter sa monnaie sur le marché.
Pour se protéger de la pluie:
Contre la pluie et les embruns de mer, les marins pêcheurs furent les premiers à utiliser des vêtements de toile huilée ou des cirés sur lesquels l'eau ruisselle. On peut utiliser aussi des gabardines de tissu très serré ou feutré qui empêchent l'eau de pénétrer. Il existe maintenant des imperméables plus légers en plastique.
Le parapluie sert aussi d'abri pliant contre la pluie.
Pour se protéger du soleil:
Contre le soleil, un chapeau léger à large bord ou une casquette suffit généralement sous nos climats. Autrefois, les élégantes se protégeaient sous une ombrelle.
Les Européens qui se rendaient dans les pays tropicaux et méprisaient les coiffures indigènes en paille ou en turban, introduisirent le casque "colonial" doublé intérieurement d'une couche de liège isolant.
Les yeux sont protégés par des lunettes de soleil à verres filtrants.
Pour cacher sa nudité (retour sommaire)
Nos plus lointains ancêtres vivaient nus:
Actuellement encore, certains peuples des pays chauds, en Amazonie, en Afrique ou en Australie, trouvent normal de vivre sans vêtements tant que des gens venus de l'extérieur ne les ont pas persuadés qu'ils doivent s'habiller.
S'habiller ne signifie pas forcément chercher à cacher son corps:
En Egypte ancienne, les tissus étaient très fins et souvent presque transparents. Les vêtements moulaient étroitement le corps, notamment celui des femmes. Ils protégeaient plus qu'ils ne cachaient.
Le vêtement côtoyait parfois la nudité:
En Grèce antique, le vêtement était d'usage courant dans la vie sociale. Mais sur les palestres (espaces d'entraînement fermés) et les stades, le sport se pratiquait toujours entièrement nu. Le mot « gymnastique » vient du grec « gymnos » qui signifiait nu.
Pour les travaux pénibles, généralement accomplis par des esclaves, il était fréquent de retirer les vêtements pour être libre de ses mouvements.
La nudité comme idéal de beauté:
Le corps humain est très souvent représenté nu par les artistes grecs. C'est en hommage à la beauté du corps que les artistes représentaient généralement les dieux et les héros mythologiques nus plutôt qu'habillés.
Cette tradition de rendre hommage au corps humain nu s'est largement perpétuée chez les artistes de tous les temps, notamment en sculpture.
La nudité associée à la culpabilité
D'après la Bible, le premier couple humain vivait nu au Paradis terrestre. Ayant bravé l'interdiction du Créateur en mangeant le fruit de l'arbre défendu, Adam et Eve prirent conscience qu'ils étaient nus et la honte leur fit cacher désormais leur corps. Telle serait, d'après ce texte, l'origine du vêtement.
Dans cette tradition, les religions monothéistes du livre sacré (judaïsme, christianisme, islam) tendent à considérer la nudité comme liée à la faute morale, au péché.
Le code variable de la pudeur:
Dans la plupart des sociétés, la règle est de cacher au moins les parties sexuelles (et les seins pour les femmes), mais le code de la pudeur est très variable selon les époques et les lieux.
Au Moyen Age, époque pourtant très religieuse, la nudité était courante au lit et pour la baignade, aussi bien en plein air que dans les bains publics. En revanche, les pays musulmans trouvaient indécent, pour les hommes, de montrer la partie du corps comprise entre la ceinture et le dessus du genou.
Jusqu'au début du XXe siècle, une femme de la haute société européenne pouvait largement découvrir sa poitrine, notamment dans les robes de soirée, mais il aurait été très indécent pour elle de montrer ses mollets et même ses chevilles.
Les règles sont plus rigoureuses pour les femmes:
Dans certains pays musulmans, il est encore interdit aux femmes de sortir de chez elles sans se couvrir totalement les cheveux et parfois même en cachant complétement le visage.
Mais il ne faut pas oublier que, dans les pays européens jusqu'au milieu du XXe siècle, il était jugé peu convenable qu'une femme sorte dans la rue "en cheveux", c'est-à-dire tête nue. Elle devait porter un chapeau (parfois avec voilette), une coiffe ou au moins un fichu.
La récente émancipation des tenues féminines
A la fin du XIXe siècle, les femmes, désireuses de se baigner en mer, devaient revêtir des tenues parfois grotesques destinées à masquer la forme de leur corps. Pour rouler à bicyclette, elles durent adopter la jupe-culotte, ce qui était encore jugé indécent par la majorité des gens.
Après la guerre de 1914-18, les premières femmes qui décidèrent de porter des robes racccourcies sous le genou et les cheveux coupés courts provoquèrent le scandale.
Pour ajouter une parure à son corps (retour sommaire)
Aucun peuple ne vit sans parure:
Même les peuples vivant sans vêtements aiment modifier l'apparence de leur corps avec des peintures ou des parures, notamment les jours de fête. Il s'agit parfois de peintures corporelles réalisées avec des terres de couleur ou de la sève de certaines plantes. Chez les peuples nus, elles peuvent décorer la totalité du corps.
Des peintures corporelles partielles:
Chez les peuples habillés, la peinture corporelle est fréquente (notamment chez les femmes), mais elle se limite aux parties visibles : mains, front, joues, yeux, lèvres.
Beaucoup de parures ont une signification dépassant l'envie de décorer:
Les parures de certains peuples, parfois très belles, ne sont pas choisies uniquement pour faire joli. Ceux qui les utilisent leur accordent souvent un rôle magique ou religieux, protégeant ceux qui les portent. Elles servent aussi à différencier les familles, les villages, à distinguer les chefs, les sorciers. Parfois à différencier la femme mariée de la jeune fille.
Pour rendre plus séduisantes les parties visibles du corps:
Le maquillage est l'exemple le plus répandu de la parure corporelle. Utilisé dans un but de séduction, il suit des codes très variables selon l'époque et le lieu.
Il concerne surtout le visage, mais s'étend aussi aux ongles.
La chevelure est un élément important de parure:
Pour les femmes, mais également pour les hommes, la chevelure joue un rôle très important, selon la façon dont elle est taillée, tressée, colorée, accompagnée d'éléments supplémentaires (fleurs, plumes, perles, peignes, filet), voire remplacée par une perruque quand elle est jugée insuffisante.
La barbe, la moustache, les favoris (cheveux descendant devant les oreilles) des hommes sont rarement laissés à l'état naturel. La façon dont on les taille, les rase ou les laisse pousser librement, relève souvent moins d'un choix personnel que de la volonté de respecter les habitudes de son milieu.
Des accessoires de parure:
Certaines parties du corps sont fréquemment complétées de parures, même en l'absence de vêtements : la taille (ceintures), le cou (colliers), les poignets et les chevilles (bracelets), les doigts (bagues), les lobes d'oreilles (boucles et pendentifs).
Le nez, les joues ou les lèvres sont parfois percés pour y ajouter un élément de parure.
Des modifications définitives du corps:
Certaines parures corporelles se veulent définitives, tels les tatouages ou les scarifications (cicatrices sur les joues ou le front). Il existe maintenant des tatouages temporaires, non inscrits sous la surface de la peau, mais ils ne sont pas non plus sans danger.
On va parfois plus loin dans la transformation du corps:
Certains peuples agrandissent progressivement des ouvertures pratiquées afin d'y introduire des objets de plus en plus larges (oreilles ou lèvres à plateau).
Il s'agit parfois de modifier la forme des dents en les limant, d'allonger progressivement le cou par des colliers de plus en plus nombreux, de déformer le crâne en le bandant dès la petite enfance.
Cela peut aboutir à de véritables mutilations. Autrefois en Chine, on déformait les pieds de certaines petites filles (ce qui les rendait infirmes), uniquement pour mieux plaire à leur futur mari.
Le besoin de parure reste actuel:
Certaines traditions de parures persistent à l'époque moderne, mais elles ont souvent perdu leurs significations d'origine.
Le tatouage, le piercing se pratiquent parfois par opposition aux codes habituels de la famille ou par soumission à de nouvelles modes.
Pour ressembler à ceux de son groupe (retour sommaire)
Le vêtement est souvent moins important que la situation dans laquelle on le porte;
Les autres pourraient juger ridicule ou impoli que l'on ne soit pas habillé comme le demande la circonstance. Sur certaines invitations, la tenue souhaitée est précisée afin d'éviter les erreurs (par exemple, "tenue de ville" ou "tenue de soirée exigée").
Même sans précision, chacun sait que sa tenue vestimentaire sera regardée par les autres d'après la coutume de la situation. On ne s'habille pas de la même façon pour assister à une partie de chasse, à un match ou à un mariage.
Les classes sociales n'ont pas toutes les mêmes codes:
Dans les milieux modestes, il reste souvent important de "s'endimancher", c'est-à-dire de revêtir ses plus beaux vêtements pour une sortie.
En revanche, les gens que leur métier oblige à s'habiller élégamment, en costume et cravate toute la semaine sur leur lieu de travail, profitent volontiers des jours de repos pour adopter, même au dehors, une tenue plus négligée.
La rupture volontaire du code de son milieu peut devenir un nouveau code:
Certains, notamment parmi les jeunes, refusent de se plier aux habitudes de leur milieu et adoptent volontairement des coiffures ou des vêtements différents, parfois provoquants. Mais on s'aperçoit souvent que ce refus des règles crée de nouvelles règles. Pour faire partie de la bande, il est recommandé, sinon obligatoire, d'adopter les mêmes choix (cheveux longs ou rasés, vêtements tailladés ou cloutés, etc.). C'est donc le signe que, pour tous, vêtements et parures sont un signe d'appartenance au groupe.
Des vêtements différents pour les hommes et les femmes:
Dans toutes les sociétés, l'habitude exige généralement que les hommes s'habillent différemment des femmes. Même lorsqu'il n'existait pour tous que des tuniques ou des robes, celles-ci n'avaient pas la même forme et la même longueur pour les deux sexes. Au milieu du XIXe siècle, alors tous les hommes portaient le pantalon, c'était une provocation pour une femme, comme George Sand, d'en mettre un. Un compromis fut trouvé ensuite, pour les femmes élégantes, avec la veste de tailleur qui ressemblait à un veston d'homme, à la condition de la porter sur une jupe.
La différence dans l'habillement a tendance à disparaître de plus en plus de nos jours. Il n'est plus choquant qu'une femme porte un pantalon et un blouson. Néanmoins, seuls les Ecossais échappent au ridicule en portant un kilt en forme de jupe.
Vêtements d'enfants et d'adultes
Pendant très longtemps, à part les plus jeunes qui portaient tous une robe, les enfants étaient habillés ensuite comme les adultes de leur milieu. Seule la taille différait.
C'est à la fin du XIXe siècle qu'on admit que les jeunes avaient besoin de vêtements leur permettant de donner libre cours à leurs mouvements et qu'on habilla les garçons de culottes courtes et les fillettes de robes ne descendant pas jusqu'aux chevilles. Il exista désormais une mode spéciale pour enfants.
Curieusement, ce furent les adultes qui eurent tendance à raccourcir leurs vêtements, peut-être pour se rajeunir.
Différents costumes selon son origine (retour sommaire)
Le costume de sa région:
Autrefois, les habitants d'un pays ou d'une région portaient des vêtements adaptés à leur façon de vivre, à leurs traditions et aux matières qu'ils pouvaient se procurer. Il existait une grande variété de costumes locaux.
C'est au siècle dernier que les paysannes de nos diverses provinces voulurent se différencier par des coiffes différentes dans chaque région et parfois chaque village. N'oublions pas que ces costumes souvent très beaux servaient uniquement dans les fêtes et non dans la vie de tous les jours où le vêtement était beaucoup plus simple.
Actuellement, sauf dans les manifestations folkloriques, ces costumes tendent à disparaître.
Le costume de son pays:
Il existe des survivances des différences vestimentaires d'autrefois, mais il faut dire que c'est surtout au niveau des clichés et des préjugés. Il est plus facile de schématiser l'Allemand en culotte de cuir et chapeau à plume, l'Anglais avec chapeau melon et parapluie, voire le Chinois avec natte et chapeau conique. Ces clichés ont peu de rapport avec la réalité quotidienne, mais ils ont la vie dure et sont parfois l'indice d'un certain racisme.
En vérité, du fait de la standardisation du vêtement, on peut rarement reconnaître l'origine d'un touriste uniquement au costume qu'il porte.
Parfois une affirmation d'appartenance à son groupe d'origine:
Certains choix vestimentaires sont au contraire une manifestation d'appartenance à une collectivité. Dans leur pays, beaucoup d'Africains ont adopté le jean et le tee-shirt, mais, immigrés en Europe, certains choisissent parfois de revêtir leur costume traditionnel comme preuve d'attachement à leur culture.
Le costume de son métier (retour sommaire)
Depuis l'époque des corporations, les métiers traditionnels se différenciaient souvent par le costume, surtout parce que celui-ci était adapté à leur profession.
De nos jours, quelques-unes de ces coutumes vestimentaires n'ont pas disparu : un boucher ne s'habille pas comme un pâtissier; la coiffe du boulanger est différente de la toque du chef cuisinier.
Il faut observer que certaines professions ont conservé une tenue très ancienne, par exemple, toutes celles qui concernent la justice, les ambassades et même, dans les pays traditionnalistes, l'université. L'Académie française reste le symbole de ces traditions vestimentaires.
Les costumes sportifs:
Chez les sportifs, la tenue tient compte de l'exercice corporel nécessaire dans chaque sport. Un sauteur en hauteur ne s'habille pas comme un footballeur. Dans les sports collectifs, il est indispensable à chaque joueur de voir de loin qui fait partie de son équipe ou de l'équipe adverse. D'où les maillots de couleur différente.
Le costume religieux:
Dans presque toutes les religions, le prêtre se distingue par sa tenue vestimentaire. C'est dans la religion catholique que la tenue était la plus réglementée. Chaque congrégation de moines ou de religieuses avait une tenue particulière. Cette tradition reste en vigueur dans la hiérarchie religieuse: un simple prêtre s'habille en noir, un évêque en violet, un cardinal en rouge et le pape en blanc.
L'uniforme militaire:
Les uniformes militaires ont été codifiés par Turenne, ministre de Louis XIV. Depuis, différents types d'uniformes servent à distinguer non seulement l'armée de terre, la marine et l'aviation, mais dans chaque arme les fonctions militaires (fantassins, artilleurs, blindés, etc.)
De nombreux uniformes civils:
Au XIXe siècle, de très nombreux métiers furent créés qui, tous, devaient se différencier par un uniforme particulier. Dans les chemins de fer, existaient des uniformes différents distinguant le chef de gare de l'employé, du contrôleur, du lampiste, du porteur, etc.
Le prestige de l'uniforme s'emparait des établissements scolaires et universitaires qui imposaient une tenue identique à tous les élèves.
La diminution actuelle du nombre d'uniformes:
Deux guerres mondiales ont probablement modéré l'attirance de l'uniforme. En dehors des militaires, les métiers conservant un uniforme sont ceux qui doivent signaler clairement leur fonction (agent de police, douanier, contrôleur, pompier, hôtesse, etc.).
Seuls certains établissements sélectifs, comme l'école Polytechnique, maintiennent l'uniforme en certaines occasions.
Néanmoins, quand on voit un grand nombre de cadres d'entreprise, on peut se demander si le costume-cravate ne constitue pas un nouvel uniforme.
Des vêtements protecteurs:
Chez les guerriers, la cuirasse du légionnaire romain, la cotte de maille ou l'armure au Moyen Age, actuellement le gilet pare-balle sont d'abord des moyens de protection.
Pour certains sports, le vêtement comporte une protection du corps (des jambes en hockey, du thorax et du visage en escrime).
Dans certains cas, le vêtement professionnel constitue une protection appropriée, par exemple, contre le feu, l'eau, l'absence d'air, les irradiations. Parfois, cela se limite au casque de chantier et aux chaussures de sécurité. Dans d'autres cas, il faut une combinaison étanche et un masque. A l'extrême, un véritable scaphandre pour les spacionautes..
A l'inverse, ce n'est pas pour lui que le chirurgien s'habille de façon spéciale, mais pour protéger le malade qu'il opère des microbes qu'il pourrait transporter malgré lui.
Au Carnaval, on se déguise (retour sommaire)
A toutes les époques, il était permis, certains jours de l'année, de se travestir avec des vêtements inhabituels, parfois pour se moquer de gens plus puissants ou plus riches.
A cette occasion, chacun peut choisir le vêtement d'un autre pays, d'une autre époque, d'un autre métier, changer de sexe ou inventer selon son goût. Les personnages de la comédie italienne (Pierrot, Colombine, Arlequin) ou les héros du moment sont souvent utilisés. Parfois, un masque empêche de reconnaître celui qui est déguisé.
Même quand il ne s'agit pas d'un carnaval officiel, une grande fête est souvent l'occasion de se travestir.
Pour fabriquer des vêtements,
Les textiles (retour début)
La lente évolution des matières utilisées pour se vêtir
Antérieure aux textiles, la fourrure
Pour reconnaître le type de fibre textile
La lente évolution des matières utilisées pour se vêtir (retour sommaire)
Jusqu’en 3000 ans avant notre ère, la peau de bête était l’unique matériau des vêtements préhistoriques. Sous les climats moins froids, les hommes ont utilisé des feuilles solides ou la fine écorce de certains arbres, battue pour l’assouplir, afin d’en faire des pagnes.
Quand les hommes préhistoriques cessèrent d’être uniquement chasseurs - pêcheurs (vers 3000 ans avant notre ère) et devinrent agriculteurs - éleveurs, ce fut l’époque des premières fibres textiles pour fabriquer des tissus.
On utilisa au cours des siècles:
- des fibres naturelles d’origine animale (laine, soie),
- des fibres naturelles d’origine végétale (lin, coton, chanvre, jute, ramie),
- puis, au XIXe siècle, des fibres artificielles, fabriquées à partir de la cellulose,
- enfin, au XXe siècle, des fibres synthétiques, créées par la combinaison de produits chimiques.
Antérieure aux textiles, la fourrure (retour sommaire)
On continue toujours à utiliser de la fourrure pour l’habillement. Le problème est de bien la tanner pour l’empêcher de pourrir, puis de l’assouplir en la trempant dans des bains spéciaux et en la battant. Les fourreurs (professionnels de la fourrure) découpent les peaux en bandes afin de regrouper les morceaux de même épaisseur et de même couleur et ils les recousent entre elles pour obtenir le résultat le plus beau et le plus souple.
Il est maintenant interdit de tuer, pour leur fourrure, la plupart des animaux sauvages et toutes les peaux proviennent maintenant d’élevages. Pour obtenir légalement un manteau de léopard, il faut avoir recours à des procédés artificiels. On fabrique actuellement des fourrures synthétiques entièrement fabriquées en usine.
La laine (retour sommaire)
Pour les éleveurs, dès la Préhistoire, l’idée d’utiliser les poils d’une bête sans la tuer permettait, en la tondant de nombreuses fois dans sa vie, d’assurer la reproduction des troupeaux et la production du lait. C’est le mouton dont on utilise le plus la laine, mais aussi certaines races de chèvres, de lamas, de chameaux et même de lapins angoras.
Quand il n’existait pas encore de tondeuse, les éleveurs employaient des ciseaux à ressort d’une seule pièce, appelés forces.
Toutes les races de bêtes ne fournissent la même qualité de laine ; les plus recherchées sont le mérinos, le mohair et le cachemire. Sur la même bête, toute la laine n’a pas une qualité identique : la meilleure est celle des flancs et du dos ; la moins bonne, celle du haut des cuisses. On trie donc des lots selon la qualité. La moins bonne ne servira pas à faire des vêtements, mais du rembourrage de matelas ou maintenant des panneaux d’isolation.
Avant d’utiliser la laine, il faut d’abord la laver pour la débarrasser du suint (la graisse entourant les poils). On doit ensuite la carder, c’est-à-dire la peigner énergiquement avec des griffes de métal pour démêler les poils et les mettre dans le même sens. Cela permet de filer ensuite la laine, en formant un fil continu qui réunit des poils ne mesurant chacun que quelques centimètres de longueur.
En plus de sa douceur, la laine est mauvaise conductrice de la chaleur (elle ne laisse pas passer le froid), son défaut est de feutrer si on la lave à l’eau trop chaude (les fibres s’entortillent au lieu de rester dans le même sens).
La soie (retour sommaire)
De très nombreuses chenilles sécrètent avec leurs glandes un fil avec lequel elles fabriquent le cocon qui les protégera pendant leur métamorphose en chrysalide, puis en papillon. Parmi elles, une espèce : le Bombyx du mûrier produit un fil suffisamment souple et solide pour être utilisée comme textile. On appelle cette chenille : “ ver à soie ”, bien que ce ne soit pas un ver, mais une chenille.
Dès l’Antiquité, il existait des élevages de vers à soie en Chine, d’où des caravanes apportaient en Europe du fil ou des tissus en soie. Les Chinois gardaient précieusement leur secret, mais un jour il fut découvert par les Européens. On créa alors des élevages en Italie, puis, au XVIIe siècle, dans le midi de la France (où on les appelait des magnaneries).
Pour élever des vers à soie, il faut d’abord cultiver des mûriers, arbres dont les larges feuilles sont la seule nourriture de ces chenilles. Les œufs du papillon femelle de Bombyx éclosent au bout de 10 mois. Les petites chenilles dévorent de telles quantités des feuilles qu’on leur fournit qu’en un mois elles atteignent 20 fois leur taille de naissance et 8000 fois leur poids.
Au 33e jour, l’instinct des chenilles les pousse à préparer leur métamorphose en papillon. Les éleveurs leur facilitent les choses en disposant des branches sèches. Elles y montent pour accrocher le cocon qu’elles vont fabriquer.
Chaque chenille, avec les glandes de ses filières, sécrète un fil continu qu’elle accroche à plusieurs brindilles. Puis, suspendue dans ce filet, elle fabrique autour de son corps un cocon ovale, formé de nombreuses couches de fil de soie. Ce fil continu peut mesurer 1,5 km.
Lorsque les cocons sont formés, les éleveurs en conservent une partie pour la reproduction. Afin d’obtenir à peu près autant de papillons mâles que de femelles, ils examinent la forme plus allongée des cocons mâles.
Tous les autres cocons sont jetés dans l’eau bouillante pour tuer la chrysalide qu’ils contiennent. On pourra ainsi dévider leur soie intacte. Sinon, le papillon, en sortant lors de son éclosion, aurait troué le cocon pour sortir.
Quand les cocons sont bien ramollis dans l’eau chaude, on procède au dévidage. Le fil est trop fin pour être utilisé seul. C’est pourquoi, à l’aide d’une brindille ou d’un petit balai, on réunit les fils de plusieurs cocons différents (4 à 7, selon la finesse de chaque fil). On les accroche ensemble à un petit moulinet qui, en tournant, les enroule en torsade. Dès qu’un cocon est terminé, on ajoute le fil d’un nouveau et ainsi de suite.
La soie brute obtenue (qu’on appelle soie grège) contient 25% d’impuretés que l’on élimine par lessivage. Le fil de soie devient ainsi souple et brillant.
La soie est une fibre textile de grande qualité : souple, résistante, mauvaise conductrice de la chaleur, si bien que, malgré sa légèreté, elle tient chaud. Ce qui explique son utilisation en lingerie. Seul son prix élevé a incité à rechercher d’autres textiles fins qui lui ressemblent (les fils artificiels et les synthétiques).
On appelle soie sauvage la soie produite par d’autres chenilles que le ver à soie, mais la qualité est loin d’être la même.

Le coton (retour sommaire)
On sait que les anciens Egyptiens le cultivaient déjà. Le cotonnier est un arbrisseau des climats chauds et humides. Ses fruits sont des capsules contenant chacune une trentaine de graines entourées d’un abondant duvet. Dans nos régions, certaines plantes possèdent aussi des graines attachées à un duvet (le pissenlit, la clématite), mais on ne pourrait pas l’utiliser comme textile.
Après la cueillette des capsules, il faut séparer le coton des graines (dont on récupère l’huile) et des morceaux d’écorce. Si le coton n’est pas transformé en fil sur place, il est comprimé en ballots et expédié vers les filatures.
Le coton est résistant et absorbant, assez bon conducteur de la chaleur, ce qui signifie qu’il protège moins du froid que la laine et la soie, mais davantage que le lin. Les variétés à longues fibres possèdent les meilleures qualités. Le coton est très utilisé pour le linge de corps (sous-vêtements et chemises), les vêtements légers, les draps et le linge de toilette.
Le lin (retour sommaire)
On le cultivait déjà dans l’Egypte ancienne. Le lin est une plante à fleur bleue dont les graines fournissent de l’huile, souvent utilisée en peinture. Ses tiges contiennent des fibres souples et résistantes qu’il faut détacher de l’écorce et du bois qui les emprisonnent. Après avoir récupéré les graines, on laisse tremper les tiges dans de l’eau ou dans un mélange chimique. C’est ce qu’on appelle le rouissage qui décolle les fibres, puis le broyage qui élimine en petits morceaux l’écorce et le bois. Il ne reste plus alors que la filasse de lin qui sera ensuite transformée en fil.
A l’état naturel, le fil de lin est écru (beige clair). Il blanchit et devient plus souple après plusieurs lessives, mais il perd un peu de sa résistance.
Le lin est bon conducteur de la chaleur, ce qui ne signifie qu’il protège mal du froid. Il est frais à porter l’été, mais en laissant s’évaporer la transpiration, il peut provoquer des refroidissements.
La finesse et la légèreté du lin le font utiliser pour les tissus délicats, les dentelles, mais également des nappes et des draps de belle qualité.
La ramie provient d’une ortie de Chine. On l’emploie souvent en mélange avec d’autres fibres.
Le chanvre (retour sommaire)
Dans les campagnes d’autrefois, on cultivait beaucoup cette grande plante (de 1,50 m à 4 m) qui fournit une fibre plus grossière que le lin.
Comme pour le lin, on n’obtient la filasse qu’après rouissage et broyage des tiges.
Le chanvre permet de fabriquer des tissus solides, mais rêches, ne devenant blancs et souples qu’après des lavages répétés.
Comme l’humidité ne l’abîme pas, on l’utilise pour des vêtements de travail, des torchons, des cordages et des voiles de bateaux.
Le jute (retour sommaire)
Il s’agit d’une plante herbacée de 2 à 4 m de hauteur, cultivée dans les pays chauds. On l’utilise peu pour les vêtements, sauf pour assurer la rigidité des revers de col. On en fait surtout des toiles d’emballage et des trames de tapis. De même pour le chanvre de Manille (qui provient d’un bananier) ; on l’utilise pour des chapeaux ou des cordes.
La raphia, provenant des feuilles d’une variété de palmier, est très solide, on en fait des liens et des nattes (la rabane).
Les textiles artificiels (retour sommaire)
Au XIXe siècle, on chercha à fabriquer artificiellement des fibres textiles, aussi fines que la soie, mais moins coûteuses. Pour cela, on eut l’idée de dissoudre dans un mélange chimique des morceaux de cellulose ( déchets de coton ou de tissus, sciure de bois). Puis on faisait passer le mélange à travers une filière (sorte de passoire extrêmement fine) et un autre produit chimique solidifie à la sortie les fils obtenus. Selon les produits chimiques utilisés, on appelle ces textiles : viscose ou acétate.
Quand le fil est continu comme la soie, on l’appelle rayonne. On peut également le couper en fibres courtes que l’on file ensuite comme la laine ou le coton et l’on obtient un fil plus gonflant qu’on appelle fibranne.
Pour mieux concurrencer les bas et tissus de soie, les fabricants de viscose prétendaient l’appeler soie artificielle, alors qu’elle n’en avait que la finesse. Sa composition à base de cellulose la rapprochait plutôt du coton. Les fabricants de soie obtinrent l’interdiction de cette fausse appellation. Néanmoins, le prix moins élevé de ces textiles les a fait largement utiliser pour les acheteurs moins riches.
Les textiles synthétiques (retour sommaire)
Alors que les textiles artificiels transforment par la chimie des produits de base naturels (coton, bois), les textiles synthétiques sont produits uniquement par la mélange de produits chimiques (provenant généralement du pétrole, du charbon ou du recyclage des plastiques).
Souvent ces textiles possèdent deux noms : celui qui indique leur composition chimique et la marque donnée par le fabricant, mais plusieurs fabricants peuvent produire des textiles du même type.
Il existe 4 types de textiles synthétiques :
- les polyamides (marques : Nylon, Rilsan, etc.)
- les acryliques (marques ; Crylor, Courtelle, etc.)
- les polyesters (marques : Tergal, Dacron, etc.)
- les chlorofibres (marques : Rhovyl, Thermolactyl, etc.)
Ces différents textiles ont été créés pour leur solidité, leur facilité d’entretien, leur infroissabilité, etc. Mais comme ils ne possèdent pas forcément toutes les qualités demandées pour chaque type de vêtement, il est fréquent des les mélanger entre eux ou avec des textiles naturels, comme le coton, la laine ou la soie. Mais comme toutes les fibres ne supportent pas les mêmes températures de lavage ou de repassage, il est important de bien lire les étiquettes.
Savoir lire les étiquettes (retour sommaire)
Pour ne pas être trompé sur la marchandise et ne pas faire d’erreur au moment du nettoyage ou du repassage, il faut lire attentivement les étiquettes. Tous les renseignements ne se trouvent peut-être pas sur la même étiquette de tissu cousue à l’intérieur du vêtement.
D’abord la taille : l’âge entre 2 et 16 ans. Pour les adultes, la mesure indiquée en chiffres ou en lettres : S = petite taille, M = moyenne, XL = grande, XXL = très grande taille.
La fibre utilisée (par exemple, pure laine vierge ou 100% coton) ou l’indication des fibres mélangées. Normalement, on devrait préciser le pourcentage de chaque.
Puis les indications de nettoyage : une bassine indique la température de l’eau (s’il contient une main, cela signifie lavage à la main seulement) ; un triangle concerne l’eau de javel (s’il est marqué d’une croix, il ne faut pas en utiliser) ; un fer à repasser (s’il est barré, le tissu ne supporte pas le repassage) ; un cercle contenant un P indique qu’on peut ou non faire un nettoyage à sec ; enfin, un carré contenant un cercle signifie : lavage en machine (s’il est barré, il ne faut pas utiliser la machine pour ce vêtement).
Pour reconnaître le type de fibre textile (retour sommaire)
Quand on n’a aucune indication, il est possible d’en avoir une idée en faisant brûler, avec prudence, à la flamme d’une bougie, un brin de cette fibre que l’on tient avec une pince.
- Si la fibre s’enflamme, il s’agit d’une fibre végétale ou artificielle (c’est la cellulose qui brûle).
- Si la fibre grésille sans s’enflammer et sent la corne brûlée, il s’agit d’une fibre animale (c’est la kératine qui sent en brûlant).
- Si la fibre fond et forme une goutte à son extrémité, il s’agit d’une fibre synthétique, de même nature que le plastique.
Fils et tissus (retour début)
Rubans, broderies et dentelles
Pour réaliser des vêtements, il ne suffit pas de posséder des fibres textiles. Sauf dans la civilisation sumérienne (il y a plus de 5000 ans) où les pagnes représentés sur les sculptures semblent constitués de grosses mèches de laine, on commence par transformer les textiles en fil, puis en tissu, afin d’en fabriquer des vêtements.
Le filage à la main (retour sommaire)
C’est à la main qu’on fabriqua longtemps le fil. Au bout d’un bâton, appelé quenouille, on plaçait une touffe de laine, de coton, de filasse de lin ou de chanvre, et l’on tirait progressivement une fine mèche que l’on tordait entre le pouce et l’index pour former un fil solide et régulier que l’on enroulait ensuite sur un bâtonnet, appelé fuseau. On représente souvent les bergères d’autrefois filant la laine tout en surveillant leur troupeau, mais elles n’étaient pas les seules à filer. Dans certains pays, même les hommes filent parfois encore le coton à la main.
Au XVIe siècle, vint s’ajouter le rouet qui permettait d’embobiner plus rapidement et plus régulièrement le fil. Une pédale faisait tourner une roue qui, grâce à une courroie, assurait la rotation de la bobine.
La machine à filer (retour sommaire)
C’est au milieu du XVIIIe siècle que des Anglais créèrent les premières machines à filer, d’abord actionnées par l’énergie des moulins à eau, puis par des machines à vapeur. Au XIXe siècle, toutes les filatures étaient d’énormes ateliers où chaque ouvrier ou ouvrière surveillait plusieurs machines, notamment pour rattacher le fil s’il venait à se rompre ou pour changer par une bobine vide celle qui était pleine.
Si l’on observe à la loupe un fil de tissu ou de tricot, on s’aperçoit qu’il est constitué de multiples fibres tordues ensemble comme dans une corde. Dans les textiles mélangés, le même fil réunit généralement des fibres différentes. On procède ainsi, soit pour abaisser le prix de revient (la laine coûte plus cher que la fibranne qu’on y ajoute), soit pour bénéficier des avantages de chaque matière (le lin se froisse moins si l’on y ajoute du coton ; la laine est plus douce et plus chaude, mais moins résistante qu’une fibre synthétique ajoutée).
Le tissage à la main (retour sommaire)
Il est probable que c’est le tressage qui donna l’idée de faire croiser des fils pour constituer une bande solide. A l’origine, les bandes tissées étaient étroites et il existe encore dans des villages sans industrie, en Afrique par exemple, des métiers à tisser ne permettant de réaliser que des bandes de 20 ou 30 cm de large que l’on coud ensuite pour en faire des pièces de tissu plus grandes.
Pour bien comprendre le principe du tissage, on peut fabriquer soi-même un petit métier à tisser avec un cadre de bois. Sur deux côtés opposés, on plante des petits clous sans tête tous les demi-centimètres. Ensuite on fait des allers et retours avec un long fil pour constituer ce qu’on appelle la chaîne du futur tissu. Puis, avec un autre fil qu’on appelle la trame, on croise perpendiculairement en passant tantôt au-dessus, tantôt au-dessous de chaque fil de chaîne rencontré et l’on fait l’inverse au retour. On tasse bien les fils de trame pour que le tissu soit bien serré. Ce tissage régulier s’appelle le point de toile.
Très tôt, cette façon de passer au-dessus ou au-dessous du fil de chaîne suivant a été facilitée sur les grands métiers à tisser où chaque fil de chaîne était passé auparavant dans le maillon d’une fine tringle de fer qui permettait de soulever ensemble tous les fils de chaîne sous lesquels la fil de trame devait passer, puis au retour tous les autres. Pour passer plus facilement, la bobine du fil de trame était placée dans une navette pointue à ses deux extrémités comme un petit bateau.
Mais, au lieu de lever un fil sur deux, on peut aussi alterner différemment pour obtenir d’autres types de tissu, comme le sergé, le satin ou le damassé. Pour obtenir du velours ou du tissu éponge (comme les serviettes de toilette), il faut deux séries de chaînes sur le même métier. Ensuite, selon ce qu’on désire, on laisse les bouclettes ou on les rase, notamment pour le velours.
Avec plusieurs navettes de fils de couleurs différentes, on peut créer des dessins colorés variés. Si les fils de chaîne forment eux-mêmes des séries de bandes de couleur, on pourra obtenir des tissus à carreaux, des écossais ou différentes sortes de dessins.
Le tissage mécanique (retour sommaire)
Au début du XIXe siècle, pour obtenir plus facilement des dessins en plusieurs couleurs, le mécanicien français Jacquard inventa un procédé de cartes perforées permettant de programmer à l’avance quels fils de chaîne et quelle navette de fil coloré devaient se croiser. C’était une étape nouvelle vers la mécanisation du tissage.
Jusqu’au début du XXe siècle, il resta néanmoins des ouvriers tisserands qui travaillaient chez eux avec un métier à main. Le négociant en tissu leur apportait le fil nécessaire et revenait chercher les pièces de tissu.
Mais, progressivement, le tissage se faisait dans d’énormes usines reconnaissables de loin par la haute cheminée de leurs machines à vapeur, même plus tard lorsque tout fonctionnait avec le courant électrique.
Le blanchiment du tissu (retour sommaire)
On pouvait certes se contenter du tissu écru, c’est-à-dire d’un beige plus ou moins clair, car les fibres naturelles n’étaient pas blanches. Pour obtenir ce blanchiment, il fallait dégraisser la laine. Au début, on n’avait rien trouvé de mieux que l’urine fermentée (inutile de décrire l’odeur des ateliers de dégraissage !).
Pour le lin, le coton ou le chanvre, il fallait les lessiver. C’est en découvrant l’effet des cendres de bois sur la graisse des chaudrons qu’on découvrit l’effet moussant de ce qu’on appela le savon. Pour blanchir ensuite le tissu, rien n’était plus efficace que les rayons de soleil et, longtemps, on étendit sur les prés les toiles que l’on voulait blanchir.
La teinture (retour sommaire)
Après le blanchiment, on pouvait procéder, si on le voulait, à la teinture du tissu ou avoir teint auparavant des écheveaux de fils destinés au tissage. Il n’était pas très difficile de trouver des plantes fournissant de la couleur (on peut le vérifier avec la betterave rouge ou les épinards). Le vrai problème est d’obtenir que les fibres textiles fixent cette couleur et ne la perdent pas au premier rinçage. Il faut donc procéder auparavant au mordançage, c’est-à-dire au trempage dans un bain qui imprègne les fibres d’un produit qui fixera la couleur. Selon les teintures utilisées, le bain de mordançage est différent.
Au début, on se contenta d’écorces ou de plantes sauvages (pissenlit, camomille, bruyère, sureau). Dans l’Antiquité, la couleur pourpre était tirée d’un coquillage marin, le murex. Puis, on cultiva les plantes pour leur qualité tinctoriale : le genêt des teinturiers, le pastel, la garance, puis des colorants naturels importés de pays chauds, comme l’indigo et le cachou. Une variété de cochenille, puceron des pays chauds, fournissait le rouge carmin.
Dans les villes, les ateliers de teinturerie s’établissaient généralement près d’une petite rivière, d’abord pour y puiser l’eau nécessaire pour les bains, ensuite pour y déverser les eaux usées de trempage et de rinçage. Les voisins, pas très ravis, pouvaient savoir quelle couleur le teinturier avait employée, ce jour-là. Comme on ne pouvait pas mettre les tissus à sécher sur les près, le grenier d’étendage, au dernier étage des teintureries, était ouvert par de larges baies dont les vollets de bois à claire-voie laissaient passer les courants d’air et non la pluie.
Au XIXe siècle, les progrès de la chimie permirent de créer de multiples colorants. Toutes les possibilités de couleurs étaient désormais possibles. On pouvait teindre en usine avant ou après le tissage.
Les tissus imprimés (retour sommaire)
Les indiennes, étoffes fabriquées en Orient, avaient été, grâce à des clichés de bois gravé, marquées avant d’être teintes d’un produit qui empêchait la teinture de tenir à l’emplacement des dessins. On utilisa ensuite le même procédé pour des tissus foncés, appelés dégravés, qui restaient mouchetés de petits dessins blancs où la teinture n’avait pas pris.
Pour obtenir des tissus fleuris, comme la cretonne provençale, on imprimait le tissu à la main avec des clichés de bois encrés de couleurs différentes.
Au milieu de XVIIIe siècle, le Français Oberkampf installa, à Jouy-en-Josas, une fabrique de tissus de coton imprimés de paysages avec personnages en une seule couleur, grâce à des gravures sur cuivre. D’où leur nom de toile de Jouy.
Là encore, le machinisme permit d’imprimer mécaniquement tous les dessins désirés.
Le tricot (retour sommaire)
Au lieu de croiser des fils pour faire du tissu, on eut très tôt l’idée de travailler un fil, maille après maille, avec un crochet ou des aiguilles à tricoter (évidemment beaucoup plus grosses et plus longues que celles qui servent à la couture). On fabriquait des bonnets, des chaussettes et des gants. Cette activité était, au début, le travail des femmes qui ne devaient jamais rester les mains inoccupées, lorsqu’elles surveillaient les bêtes au dehors, le bébé à l’intérieur ou la marmite qui cuisait dans la cheminée.
Mais, pour réaliser des bas de plus en plus fins, furent inventés des métiers mécaniques de bonneterie (ce mot rappelant le but originel du tricot). Des usines fabriquèrent en série des bas, des chaussettes. L’inconvénient du tricot simple est qu’une maille qui craque peut provoquer le détricotage de l’ensemble. D’où l’idée d’entremêler les fils du tricot de façon à les rendre indémaillables. Comme les mailles sont plus élastiques que les tissus, on réalisa également des sous-vêtements et des tricots par ce procédé mécanique.
Le machinisme n’a pourtant pas tué le tricot à la main qui continue à se pratiquer à la maison. Cela permet de réaliser à bon marché des chandails et des gilets aux dessins parfois compliqués. Au XXe siècle, on proposa des machines à tricoter familiales, mais elles ne connurent pas la vogue espérée par leurs fabricants. De nombreuses personnes préfèrent encore les aiguilles à tricoter moins encombrantes.
Rubans, broderies et dentelles (retour sommaire)
Les rubans sont des bandes tissées très étroites. Les plus chers étaient ornés de dessins, parfois réalisés en fil d’argent ou d’or. Des broderies étaient réalisées à l’aiguille pour orner les vêtements.
Ce sont celles qui décoraient le bord des tissus qui donnèrent sans doute l’idée de les prolonger par un motif ajouré : la dentelle. Les premières étaient créées à l’aiguille, parfois pour relier deux morceaux de fin tissu par des entrelacs de fils plus ou moins compliqués. Puis, certaines dentelles furent tressées sur un coussinet. La dentellière y entrecroisait les fils de plusieurs petits fuseaux pour former des dessins, parfois très élaborés, qu’elle fixait au coussin par des aiguilles. On se doute que ce long travail se vendait très cher.
La dentelle à la main n’a pas disparu, mais elle est concurrencée par la dentelle mécanique, réalisée beaucoup plus rapidement et donc moins chère.
Les accessoires de couture (retour sommaire)
Pour attacher ou fermer les vêtements, on inventa très tôt les boutons fabriqués en diverses matières, notamment en os ou en bois. La plus recherchée fut la nacre de certains coquillages. L’industrie permit ensuite d’inventer des matières différentes qui remplacèrent généralement la nacre.
Pour remplacer les cordelières et les lacets de fermeture, on inventa des crochets plats et, plus tard, des boutons à pression dont la partie mâle reste accrochée à la partie femelle par un petit ressort. Plus récemment, fut créée la fermeture à glissière (qu’on appela longtemps “ fermeture-éclair ” qui était la marque d’un des fabricant).
En s’inpirant des fleurs de chardon ou de bardane, dont les minuscules crochets restent accrochés à ce qui les frôle, on inventa au milieu du XXe siècle la fermeture velcro (abréviation de velours et crochets) qui s’accroche rapidement.
L’entretien du linge (retour sommaire)
Le lavage à la rivière
Autrefois, il n’existait pas d’autre possibilité que d’aller à la rivière pour tremper le linge, le savonner (à l’origine, avec des cendres de bois), le battre avec les pieds nus ou avec un battoir de bois, puis le rincer, le tordre pour l’essorer et l’étendre sur l’herbe pour le faire sécher. Dans le chant n° VI de L’Odyssée, le poète grec Homère décrit comment Nausicaa et ses compagnes vont laver leur linge au bord du fleuve et découvrent avec frayeur Ulysse sauvé de son naufrage.
Actuellement, dans le monde, beaucoup de populations privées de tout progrès technique n'ont pas d’autre solution que le lavage à la rivière.
Les lavoirs publics
On aménagea ensuite le bord de certaines rivières avec un rebord de bois ou de pierre permettant de rester soi-même au sec en lavant son linge. Pour les rivières dont le niveau d'eau est variable, on imagina même le bateau-lavoir qui ne navigait pas, car il était solidement amarré au bord, mais avait pour avantage de toujours se trouver au niveau de l'eau.
Dans les endroits non traversés par un petit cours d'eau, furent créés des lavoirs publics, alimentés par une canalisation, où l’on pouvait venir laver son linge. Dans les villes plus importantes, on a même ajouté au XIXe siècle des chaudières permettant d’obtenir de l’eau chaude.
Le métier de lavandière
Les gens qui ne pouvaient laver eux-mêmes leur linge pouvaient le confier à une lavandière qui, moyennant salaire, venait chercher leur linge sale et leur rapportait propre. Actuellement, pour les hôtels et restaurants qui remplacent tous les jours les draps, serviettes et nappes, il existe des blanchisseries qui se chargent de l'entretien du linge.
Le lavage à la maison
Pour laver le linge chez soi, le principal problème restait l’approvisionnement en eau courante à l’intérieur des maisons. Dans les campagnes, il fallait remonter l'eau du puits. Longtemps, dans les villes, il fallut aller aux bornes fontaines de la rue pour y remplir des seaux. L’eau courante au robinet se généralisa en France à la fin du XIXe siècle dans les grandes villes et seulement à la moitié du XXe siècle dans les campagnes.
Quand les maisons possédaient l’eau courante, on pouvait y laver le linge, parfois dans une pièce spéciale, appelée buanderie, où l’on ne craignait pas de répandre de l’eau. On faisait chauffer la lessive sur un petit poêle à bois, au charbon ou plus tard au gaz. Un progrès fut la création de la lessiveuse en tôle galvanisée avec un tube central où montait l’eau bouillante qui retombait sur le linge. Mais il manquait l’agitation du linge qui aurait évité l’obligation de le brosser et le frotter à la main.
Le lavage à la machine
Les premières machines à laver étaient de simples baquets comportant sous leur couvercle un batteur de bois actionné avec une manivelle. Un autre système était un cylindre métallique perforé que l’on faisait tourner à la manivelle, dans le récipient de lessive, chauffé par dessous. Le tout fut ensuite rendu mécanique grâce à un moteur électrique. L’essorage se faisait depuis l’origine en tordant à la main le linge lavé et rincé, puis fut créée l’essoreuse à deux rouleaux qui, en tournant tout en pressant le linge, en chassait l’eau.
Enfin, les machines à laver modernes furent totalement fermées pendant le temps du lavage. L’eau de lessive fut d’abord chauffée au gaz, puis par une résistance électrique. Le remplissage et la vidange se font désormais par des tuyaux spéciaux qui évitent de répandre de l’eau sur le sol, ce qui permet de les intégrer dans une cuisine ou une salle de bain. Après avoir placé le linge sale et les produits de lessive, on peut programmer la température selon la nature du linge à laver. Désormais, l’essorage centrifuge fait jaillir l’eau du linge en le faisant tourner à toute vitesse.
Pendant longtemps le séchage nécessitait, malgré tout, un étendage en plein air ou sur des séchoirs intérieurs. Jusqu'à la création du séchoir électrique d’où le linge sort prêt au repassage.
Pour les gens ne possédant pas chez eux de machine à laver, il existe des laveries automatiques où l'on peut, en échange de quelques pièces de monnaie, effectuer soi-même le lavage de son linge. Il est possible aussi de confier ce travail à des professionnels, mais cela coûte plus cher.
Le repassage
Pour être bien lisse et sans faux-plis, le linge doit en effet être repassé avec un fer assez chaud. Au début, et pendant des siècles, il s’agissait d’un fer plat et assez lourd avec une poignée. On le faisait chauffer sur un poêle et l’on vérifiait près de sa joue s’il n’était pas trop chaud pour le linge délicat. On créa au XIXe siècle des fers contenant un petit foyer de braises à l’intérieur. C’est avec le fer électrique et surtout la température réglable par thermostat que l’on peut désormais repasser sans risque toutes sortes de linges. Les fers à vapeur permettent de repasser plus vite, même les tissus épais. On a inventé des machines à repasser qui sont surtout utilisées par les professionnels des blanchisseries.
Le nettoyage à sec
Certains tissus ne supportent pas l’eau de lessive, même dans les machines les plus modernes. C’est pourquoi on les confie au nettoyage à sec, c’est-à-dire sans eau. Au début, ce travail se faisait avec des terres absorbant les taches, puis dans des bains spéciaux de liquides dégraissants. Maintenant, cela se fait dans de grosses machines qui évitent les émanations de produits chimiques toxiques. Après le nettoyage, on procède au repassage à la vapeur, souvent par pressage, d’où le nom anglais de «pressing» donné aux établissement où l’on effectue ce type de nettoyage.
L'évolution du costume
au cours des siècles (retour début)
Les transformations de la silhouette
Marquer les différences entre riches et pauvres
L'uniformisation ou le mélange des influeuces
Le vêtement drapé (retour sommaire)
Celui qui s’entoure le corps d’une serviette en sortant de la douche, réinvente, sans le savoir, le plus simple et le plus ancien vêtement: le pagne.
De nos jours, de nombreux peuples de régions chaudes l’ont gardé comme unique vêtement. Au minimum, il s’agit d’une bande de tissu passée entre les jambes et attachée devant et derrière à la ceinture, parfois une simple ficelle. Quand la bande est longue, elle permet de faire aussi le tour des hanches. Les plus anciens paysans d’Egypte utilisaient une écharpe de lin pour leur pagne. Aux Indes, on porte encore couramment ce genre de pagne en coton.
Quand le tissu est plus large, le pagne descend jusqu’aux mollets. Les femmes le remontent généralement sous les bras et en font une robe sans couture.
En Egypte ancienne, les gens plus riches marquaient leur différence par un plissement soigneux du pagne par devant. Avec leur toge, les Romains recherchaient des plis harmonieux rendant plus majestueux ce simple vêtement drapé.
Selon les pays, on appelle pagne, sari, paréo, cape, châle, la pièce de tissu servant à envelopper le corps. Quand le tissu est percé, au centre, d’une ouverture permettant d’y passer la tête, il s’agit d’un poncho, répandu en Amérique du Sud.
Du drapé au cousu (retour sommaire)
Pour attacher les bords du tissu drapé, on utilisait dans l’Antiquité des sortes de broches, appelées fibules. Mais la caractéristique du vêtement drapé est qu’à chaque déshabillage, il redevient un simple morceau de tissu.
On prit un jour l’habitude de coudre ensemble les bords que l’on voulait unir en permanence, par exemple sur les côtés et aux épaules. A ces vêtements d’une seule pièce, en taillant le tissu plus largement pour les épaules (en forme de T), on obtenait des manches, plus ou moins longues. On pouvait ensuite y ajouter à volonté un col, une ceinture ou des bordures décoratives.
De cette technique simple naquirent tous les vêtements amples: tunique, cafetan arabe, boubou d’Afrique noire, kimono japonais. La robe ample fut le vêtement le plus répandu au Moyen Age, pour les hommes comme pour les femmes.
La ceinture permettait de modifier l’allure générale, en serrant ou non la taille, en fixant des plis ou en faisant blouser le haut du tissu par-dessus la ceinture.
Le vêtement ajusté (retour sommaire)
Certains peuples anciens eurent l’idée d’ajuster le vêtement à leur corps, en réduisant la largeur du tissu au niveau de la taille, transformant la robe flottante en vêtement cintré, c'est-à-dire rétréci à la taille.
En ouvrant le pagne entre les jambes et en cousant le tissu autour de chaque cuisse, on le transforma en caleçon, ou en pantalon s’il descendait plus bas.
Les Celtes européens (dont les Gaulois faisaient partie), les Mèdes et les Perses du Moyen-Orient adoptèrent très tôt le pantalon. Les Grecs et les Romains qui considéraient ces peuples comme barbares, méprisèrent longtemps cette tenue vestimentaire pourtant très pratique.
Il est curieux de constater que ce mépris persista longtemps à l’égard du pantalon. A la fin du XVIIIe siècle, les hommes riches portaient une culotte serrée sous les genoux et traitaient de “sans-culottes” les révolutionnaires, hommes du peuple porteurs de pantalons.
Peut-être faut-il voir une survivance de ce mépris du pantalon quand on oblige les hommes à porter la robe dans les lieux où la dignité est obligatoire: le tribunal, le culte religieux et parfois l’université. Cela explique aussi le scandale provoqué autrefois par les femmes en pantalon.
Les transformations de la silhouette (retour sommaire)
Le choix entre le vêtement ample et le costume ajusté au corps sembla trop simple aux riches seigneurs, à partir de la fin du Moyen Age. Alors que le vêtement des pauvres évoluait peu au cours des siècles (comme le montrent les peintures de chaque époque), celui des nobles ne cessait de multiplier les innovations, souvent passagères, dont le but principal semble être de les singulariser en modifiant leur silhouette. Et cela pour les hommes aussi bien que pour les femmes.
La coiffure change fréquemment de forme et de volume, non seulement par l’arrangement de la chevelure, mais par l’ajout de postiches ou de perruques. Les coiffes et les chapeaux ne cessent de se transformer.
Le visage se modifie: pour les femmes par le maquillage ou les mouches (grains de beauté artificiels); pour les hommes par la taille de la barbe, de la moustache, des favoris (cheveux tombant devant les oreilles).
Le cou est tantôt découvert, orné ou non de colliers, tantôt entouré de cols aux dimensions diverses, de fraises tuyautées, de jabots de dentelles ou de cravates.
Les épaules paraissent tantôt arrondies, tantôt carrées ou même montantes.
Les bras peuvent être dégagés ou gonflés de manches bouffantes; les poignets garnis ou non de manchettes ou de rubans; les mains gantées de diverses façons.
La taille plus ou moins serrée. Pour les femmes, elle est parfois enfermée dans un corset rigide, tantôt remontée jusqu'à la poitrine ou, au contraire, descendue très bas.
Les hanches des femmes, parfois rembourrées sur les côtés ou par derrière, élargies par une armature en cloche, plus tard moulées par le tissu.
Les jambes cachées ou soulignées par un vêtement collant et des bas.
Les pieds garnis de chaussures parfois prolongées en pointe (les poulaines) ou en patte d’ours, sans parler de la hauteur variable des talons.
Comme toutes ces variation peuvent se mêler, on imagine l’extrême variété des modes vestimentaires selon les époques.
Comment se diffusait la mode? (retour sommaire)
Les modes nouvelles prenaient naissance chez les rois et les princes. Certains pays, comme la France, l’Italie ou l’Espagne, étaient pris en exemple par les autres cours royales ou princières. Des portraits montraient les personnages portant des vêtements à la mode.
Des poupées mannequins informaient les princesses étrangères. Il ne s’agissait pas de jouets pour les petites filles, mais d’exemples en modèle réduit de ce qui se portait à la cour de France. Dès le XVIe siècle et jusqu’au XIXe, ces poupées de luxe servaient d’ambassadrices de la mode.
Puis ce furent des gravures de mode à partir du XVIIe siècle et surtout au XIXe où elles étaient en couleur. Enfin, les revues de mode, les catalogues qui se répandent de plus en plus.
Les artisans de la mode (retour sommaire)
En France, jusqu’au milieu du XVIIe siècle, seuls les hommes étaient admis à confectionner des vêtements. Par la suite, alors que les tailleurs conservaient la confection des costumes d’hommes, les couturières professionnelles étaient autorisées à coudre pour les femmes. S’y ajoutaient les lingères pour les vêtements fins, les brodeuses et les dentellières.
Il existait également un grand nombre de marchands de mode qui fournissaient bonnets, fichus, manchons, garnitures diverses, indispensables pour suivre la mode de l’époque.
Ce sont des hommes qui, au XIXe siècle, fondèrent les premières grandes maisons de couture pour femmes. On y présentait des modèles nouveaux qui pouvaient être ensuite adaptés à la taille et au goût personnel de la riche clientèle. On appelait ces hommes: “grands couturiers” pour ne pas les confondre avec les “petites couturières”. Leur production était limitée à de rares exemplaires, car rien n’aurait été plus humiliant pour une coquette que de côtoyer, dans une soirée, une femme habillée comme elle. Au XXe siècle, des femmes créèrent aussi de grandes maisons de couture. La plus célèbre fut Coco Chanel.
Les couturières, installées à leur compte, aidées parfois de quelques ouvrières, se contentaient d’adapter à leur manière ce qu’elles avaient observé dans les boutiques de “haute couture” ou sur les gravures de mode. Cette pratique se développa tellement que s’ouvrirent à Paris, à la fin du XIXe siècle, puis en province, de grands magasins qui proposaient aux clientes un grand choix de tissus très divers, à des prix plus bas que dans les boutiques.
Marquer la différence entre les riches et les autres (retour sommaire)
Désormais, davantage de gens pouvaient s’habiller avec élégance et la rivalité par le vêtement s’exprima autrement. La distinction se portait désormais sur le temps de loisir que ne pouvaient pas se permettre les gens simplement aisés (commerçants et fonctionnaires). C’est vers les vêtements prouvant le temps passé à se détendre que se tournèrent les plus riches. La redingote (à l’origine, manteau d’équitation), la tenue de chasse sportive, le pantalon de golf et plus tard la veste de marine de plaisance montraient que l’on n’avait pas besoin de travailler. Mais ces modes ne tardaient pas à être copiées par des gens moins riches qui n’étaient ni cavaliers, ni chasseurs, ni golfeurs, ni capitaines de yachts.
Pour les femmes, le symbole fut le bronzage de la peau. A l’époque où les paysannes se trouvaient souvent exposées en plein air, la distinction des femmes riches était de garder la peau blanche, en se protégeant du soleil par une ombrelle, une voilette, une écharpe, des gants. Mais, à partir du moment où les ouvrières d’usines restaient pâles, le chic se porta sur le bronzage prouvant que l’on pouvait passer du temps à se faire dorer au soleil. Même si c’est au détriment de la santé de leur peau, les femmes élégantes veulent être bronzées, même s’il faut pour cela utiliser des lampes spéciales pour bronzer artificiellement.
La confection en série (retour sommaire)
Au milieu du XIXe siècle, l’invention de la machine à coudre permit la fabrication en série des vêtements dans des ateliers. Les riches méprisèrent longtemps cet habillement de “confection” qui permettait néanmoins aux gens du peuple de s’habiller mieux à des prix raisonnables.
Le mépris des riches pour les vêtements de séries disparut quand les grandes maisons de couture présentèrent des collections de “prêt à porter” à des prix élevés.
Comme il n’était plus honteux de s’habiller en série, on devenait même fier d’afficher la marque ou le logo qui montrait qu’on suivait la mode. Chaque client transportait désormais sur lui la publicité pour les fabricants de ses vêtements et de ses chaussures.
Cela a déclenché, pour certains, l’obsession des marques. Il ne suffit pas de posséder un beau blouson, il faudrait qu’il porte visiblement la même marque que celui des copains. Ce qui aboutirait à un véritable esclavage vis-à-vis des intérêts commerciaux.
L’uniformisation ou le mélange des influences? (retour sommaire)
L’habillement en série pourrait devenir monotone, quand on voit le nombre incalculable de jeans portés dans le monde. Mais, curieusement, beaucoup veulent se différencier en portant des pantalons diversement délavés et parfois même volontairement déchirés.
D’autre part, la vie moderne a multiplié les contacts avec d’autres cultures, d’autres traditions vestimentaires qui s’influencent mutuellement. Le temps n’est plus où la mode pouvait imposer une façon unique de se coiffer, une longueur de jupe ou de robe, une largeur d’épaules, une unité de couleur dominante, ou pour les hommes un type de barbe ou de moustache.
Chacun peut puiser à volonté dans les autres pays et les autres cultures et, en se délivrant des fausses obligations de la mode et des marques, il lui appartient de retrouver la totale liberté de son habillement et de son allure.
La mode sous LOUIS XIV (retour début)
Comment évolue la mode à cette époque?
Molière et les costumes de son époque
Comment évolue la mode à cette époque? (retour sommaire)
Dans le petit peuple, notamment dans les campagnes, le costume évolue très peu au cours des siècles. Pour mieux connaître les costumes populaires français à l’époque de Louis XIV, on peut observer des tableaux des frères Le Nain et de Jean Michelin.
La mode ne touche que les gens qui ont suffisamment d’argent pour renouveler leur garde-robe et surtout suffisamment de contacts extérieurs pour subir de nouvelles influences.
Par exemple, le mot cravate apparaît en 1651, déformation du mot «croate», parce que les soldats croates, entrés (comme les Suisses) au service du roi de France, portaient autour du cou une petite écharpe légère, bientôt adoptée par les gens à la mode, en remplacement du collet empesé de l’époque précédente. Jusqu’alors, une grande écharpe se portait généralement en bandoulière (comme l’écharpe de maire d’aujourd’hui) ou à la ceinture.
De même, la rhingrave, sorte de jupe-culotte ample, porte ce nom parce que c’est un comte allemand qui en a lancé la mode (rhingrave, en allemand, signifie Comte de Rhénanie).
Parfois, c’est un incident imprévu qui crée une nouvelle mode. On raconte que Mlle de Fontanges, l’une des favorites du roi, fut décoiffée par un coup de vent pendant une chasse à cheval. Pour rectifier sa coiffure, elle a eu l’idée de relever ses cheveux sur le haut de la tête en les nouant, faute de ruban, avec sa jarretière. Cette coiffure originale obtient un grand succès. Rapidement, beaucoup de femmes de la haute société veulent se coiffer à la Fontanges.
Certains nobles, que l’on appelle les «lions», sont connus pour lancer les nouvelles modes. Dès que le roi manifeste un intérêt pour une nouveauté vestimentaire, la plupart des courtisans s’empressent de l’imiter.
Economie et réglementation (retour sommaire)
Ce qui caractérise le XVIIe siècle, c’est surtout la volonté des gens riches, courtisans ou non, d’étaler leur fortune dans leur habillement. A tel point que, pour éviter le gaspillage qui oblige à faire venir de l’étranger des tissus précieux introuvables en France, Richelieu, puis Mazarin ont interdit, aux personnes n’appartenant à la famille royale, l’utilisation des brocarts, ces étoffes tissées de fils d’or ou d’argent. Plus tard, il faudra, moyennant finances, obtenir un brevet du roi pour avoir le droit d’en porter, d’où le nom de “pourpoint à brevet”. De même, la longueur de la traîne des robes féminines est réglementée selon le rang de noblesse, la plus longue traîne étant évidemment celle de la reine, puis celle des princesses, etc.
La folie des ornements multiplie les passementeries brodées et les dentelles, jusqu’alors fabriquées hors de France. Pour des raisons économiques, Mazarin veut en interdire l’importation, mais Colbert trouve une solution plus astucieuse en faisant venir d’Italie et des Flandres des spécialistes qui enseigneront à les fabriquer en France. C’est l’origine des dentelles d’Alençon. Les riches pourront donc continuer à utiliser à profusion des rubans et des dentelles, en faisant travailler l’artisanat français.
Le costume masculin (retour sommaire)
Les principales variantes jouent sur la longueur des chausses, c’est-à-dire de la culotte (le pantalon, couvrant toute la jambe, est méprisé par les gens riches qui l’abandonnent aux gens du peuple, qualifiés plus tard de “ sans-culottes ” au moment de la Révolution de 1789).
Les jambes des gens “ de qualité ” sont couvertes de bas, montant plus ou moins haut selon le longueur des chausses. Au XVIe siècle, la jambe était généralement découverte jusqu’au haut des cuisses et les chausses bouffantes, très courtes, ressemblaient un peu aux barboteuses des bébés actuels. Sous Louis XIII, les chausses descendent sous les genoux et on ne voit plus les jambes cachées dans les hautes bottes à large revers. Sous Louis XIV, on ne garde les bottes que pour les sorties à cheval. Le reste du temps, on porte des souliers, généralement à talons hauts.
Le haut-de-chausses est garni au niveau des jarrets de flots de rubans, les canons. Il est recouvert par une sorte de court jupon, appelé rhingrave, formant ainsi une sorte de jupe culotte.
Le buste est couvert par une large chemise à manches flottantes et un pourpoint, gilet attaché aux chausses par des cordons, les aiguillettes, souvent terminés par des glands métalliques ou de véritables bijoux : les ferrets. Selon l’époque, le pourpoint est très court, comme un boléro. Plus tard, il s’allonge et s’appelle justaucorps. Le tout est garni de rubans tissés en soie, de flots de dentelle, de noeuds de rubans appelés des galants.
Le chapeau se modifie selon la mode, mais il est généralement garni de galons et empanaché. L’élément le plus visible est la lourde perruque de faux cheveux qui atteint parfois des dimensions impressionnantes. On dit qu’au début Louis XIII voulait cacher sa calvitie avec de faux cheveux. Les perruques s’étant généralisées, agrandies et alourdies (souvent un kilo), beaucoup de courtisans s’allègent la tête en rasant leur vraie chevelure. Mais Louis XIV veut garder ses cheveux naturels et oblige les perruquiers à les mêler à ceux de sa perruque.
Le costume féminin (retour sommaire)
La robe des femmes ne peut pas varier sur la longueur qui est imposée par la coutume de l’époque : jusqu'à la cheville. Alors on modifie l’ampleur de la jupe, un moment gonflée par une armature intérieure, le vertugadin. Puis on reviendra à une ligne plus tombante, avant de développer plus tard la robe à paniers avec de nombreux volants. La variété est apportée surtout par des volants de tissus différents, des ajouts de dentelles, de rubans et par des accessoires : manchons, éventails.
La coiffure se modifie souvent, les cheveux jouant avec les coiffes de dentelles et les chapeaux, mais c’est seulement au XVIIIe siècle que se développeront les perruques les plus extravagantes (en montgolfière, par exemple). Le maquillage inclut des grains de beauté artificiels, appelés mouches, dont on prétend qu’ils ont une signification différente selon leur emplacement sur le visage.
Molière et les costumes de son époque (retour sommaire)
C’est dans le théâtre de Molière que l’on trouve, sous forme de railleries, la description du costume masculin des “personnes de qualité”. Au début de L’école des Maris (1661), Ariste conseille à son frère Sganarelle de s’habiller selon la mode. Celui-ci lui répond:
Il est vrai qu’à la mode il faut m’assujettir,
Et ce n’est pas pour moi que je dois me vêtir.
................
Ne voudriez-vous point, dis-je, sur ces matières,
De vos jeunes muguets m’inspirer les manières?
M’obliger à porter de ces petits chapeaux
Qui laissent éventer leurs débiles cerveaux;
Et de ces blonds cheveux, de qui la vaste enflure
Des visages humains offusque la figure?
De ces petits pourpoints sous les bras se perdant?
Et de ces grands collets jusqu’au nombril pendant?
De ces manches qu’à table on voit tâter les sauces?
Et de ces cotillons appelés hauts-de-chausses?
De ces souliers mignons de rubans revêtus,
Qui vous font ressembler à des pigeons pattus?
Et de ces grands canons où, comme des entraves,
On met tous les matins ses deux jambes esclaves,
Et par qui nous voyons ces messieurs les galants
Marcher écarquillés ainsi que des volants?
Je vous plairais, sans doute, équipé de la sorte?
Et je vous vois porter les sottises qu’on porte.
Au second acte de Don Juan (1665), le paysan Pierrot raconte à son amie Charlotte qu’il a sauvé de la noyade deux hommes dont la barque avait chaviré. Ils se sont déshabillés pour se sécher et faire sécher leurs vêtements. Pierrot décrit son ébahissement en voyant se rhabiller le plus riche (Don Juan, en personne). Il raconte cela dans son patois (qui se comprend mieux si on le lit à haute voix):
“Mon guieu, je n’en avais jamais vu s’habiller. Que d’histoires et d’engingorniaux boutont ces messieux-là les courtisans! Je me pardrais là-dedans, pour moi; et j’étais tout ébobi de voir ça. Quien, Charlotte, ils avont des cheveux qui ne tenont point à leu tête; et ils boutont ça après tout, comme un gros bonnet de filasse. Ils ant des chemises qui ant des manches où j’entrerions tout brandis, toi et moi. En glieu d’haut-de-chausses, ils portont une garde-robe aussi large que d’ici à Pâques; en glieu de pourpoint, de petites brassières qui ne leu venont pas jusqu’au brichet; et en glieu de rabat, un grand mouchoir de cou à réziau, aveuc quatre grosses houpes de linge qui leu pendont sur l’estomaque. Ils avont itou d’autres petits rabats au bout des bras, et de grands entonnois de passement aux jambes, et, parmi tout ça, tant de rubans, tant de rubans, que c’est une vraie piquié. Ignia pas jusqu’aux souliers qui n’en soyont farcis tout depis un bout jusqu'à l’autre; et ils sont faits d’eune façon que je me romperais le cou aveuc.”
Traduction en français moderne:
«Mon dieu, je n’en avais jamais vu s’habiller. Que d’histoires et de complications font ces messieurs-là, les courtisans! Je me perdrais là-dedans, pour moi; et j’étais tout ébahi de voir ça. Tiens, Charlotte, ils ont des cheveux qui ne tiennent point à leur tête; et ils mettent ça à la fin, comme un gros bonnet de filasse. Ils ont des chemises qui ont des manches où nous entrerions tout debout, toi et moi. En guise de haut-de-chausses, ils portent une garde-robe aussi large que d’ici à Pâques; en guise de pourpoint, de petites brassières qui ne leur viennent pas jusqu’au bréchet; et au lieu de rabat, un grand mouchoir de cou à passements, avec quatre grosses houppes de linge qui leur pendent sur l’estomac. Ils ont aussi d’autres petits rabats au bout des bras, et de grands entonnoirs de passement aux jambes, et, parmi tout ça, tant de rubans, tant de rubans, que c’est une vraie pitié. Il n’y a pas jusqu’aux souliers qui n’en soient farcis depuis un bout jusqu'à l’autre; et ils sont faits d’une telle façon que je me romprais le cou avec.»
Au troisième acte du Bourgeois Gentilhomme (1669), Monsieur Jourdain s’est revêtu de l’habit à la dernière mode que vient de lui apporter son tailleur. En le voyant, sa servante Nicole est prise d’un tel fou-rire qu’elle est incapable de reprendre son calme, malgré les menaces de son maître. C’est la plus belle scène du fou-rire du théâtre français.