Le mouvement Freinet,
de lĠautogestion la dmocratie participative
Jean Le Gal
Introduction
Avec mon vieux compagnon Pierre
Yvin, nous nous tions promis dĠcrire, un jour, lĠaventure autogestionnaire du
Mouvement Freinet, afin quĠelle demeure dans notre mmoire collective comme une
tape dans la construction permanente de notre pdagogie, une pdagogie engage
aux dimensions ducatives, sociales et politiques.
Mais Pierre sĠen est all et
lĠhistoire est reste enfouie dans les caisses et les dossiersÉjusquĠau jour o
Jean Marc Raynaud des ditions libertaires et Franois Le Mnahze des ditions
de lĠICEM, mĠont demand dĠcrire mon aventure militante et autogestionnaire, en
lĠinsrant dans lĠaventure collective du Mouvement Freinet.
Je ne pouvais plus reculer. Il me
fallait revenir sur le pass, revivre et analyser nos expriences
autogestionnaires en essayant dĠen tirer des enseignements pour nos rflexions
et nos actions dĠaujourdĠhui.
Pour tmoigner de ce que fut
notre aventure je comptais avoir auprs de moi, aujourdĠhui, mon compagnon de
toujours, Andr Mathieu. Mais Andr aussi sĠen est all.
Je
tiens donc lui rendre hommage ainsi quĠ Pierre Yvin.
Tous deux ont marqu notre
pdagogie de leur empreinte.
Tous
deux sĠintressaient particulirement au devenir de notre Mouvement, son
volution institutionnelle, son engagement dans les vnements sociaux et
politiques, un engagement qui suscite toujours des dbats et des controverses.
Nous pensions
quĠune tude approfondie de son histoire permettrait de tirer des enseignements
pour le rendre plus efficace, aujourdĠhui, dans son action de transformation de
lĠcole, de construction dĠune cole populaire, de rsistance aux forces
ractionnaires et de changement de la socit.
Dj, avant
la mort de Freinet, jĠavais chang avec lui autour dĠune question toujours
dĠactualit : comment faire pour que tous les praticiens de la
pdagogie Freinet deviennent des
participants actifs et responsables du mouvement, non seulement au niveau
pdagogique, mais au niveau de son organisation et des dimensions sociales et
politiques de son action ?
Aprs la mort de Freinet, il tait logique que
les militants autogestionnaires de notre Mouvement sĠinterrogent sur son
organisation institutionnelle. Il devait pour eux exister une cohrence :
on ne pouvait militer, dans la socit et lĠcole, pour le droit de chacun
participer la gestion de sa vie et celle des groupes auxquels il appartient, pour le droit lĠexercice dĠun pouvoir
collectif par les enfants dans nos classes et ne pas se poser la question de la
place des militants dans notre Mouvement ?
Andr Mathieu[1],
crira en 1981, dans le document, LĠautogestion
dans la classe, crit par les
militants du GFR de Caen ( Groupe de Formation et de Recherches) quĠaprs la mort de Freinet, le Mouvement a d
se doter de moyens de travail permettant un fonctionnement autogestionnaire. Il
a suffi dĠappliquer grande chelle la Pdagogie Freinet aux adultes du
MouvementÉ
Mais cette volution tait difficile, du moins sur le plan national.
Une question se posait en effet :
Fallait-il passer dĠune organisation compagnonnique
remarquable et efficace o les travailleurs montaient, dans les responsabilits
dpartementales et nationales, par la reconnaissance de leur travail
pdagogique et de leur engagement militant, une organisation dmocratique
autogestionnaire, quĠaujourdĠhui jĠappellerais participative ?
Remarque
En 1961, dj des militants de
lĠIPEM avaient propos au Congrs de Saint Etienne, de discuter des statuts et
rglements intrieurs de lĠICEM. et de la manire dont taient prises les
dcisions dĠorientation pdagogique et politique. Mais Freinet nĠen voyait pas
la ncessit. Pour lui, ce ne sont pas les rglements qui permettent de bien
travailler ensemble mais la Ç confiance entre camarades. È
Je rappelle que cĠest ce
Congrs quĠOury et Fontvieille ont t exclus du Mouvement. Ils ont alors
fond, en mai 1961, le Groupe Techniques Educatives qui sera un des creusets de
la Pdagogie institutionnelle.
CĠest en 1971, quĠune premire opportunit sĠest prsente de rflchir
une nouvelle organisation des instances nationales de notre mouvement. Le
Comit dĠAnimation de lĠICEM doit rsoudre des problmes graves et dcide de
mettre en place une commission de recherches sur les structures compose de
quelques uns de ses membres.
JĠen tais et jĠen conserve encore les archives.
Nous avons lanc un appel tous les militants, les groupes dpartementaux
et les commissions nationales. Nous attendions dĠeux une analyse critique du
pass et du prsent et des propositions sur :
- les institutions : composition, tches, moyensÉ
- les relations entre les institutions et les moyens de ces
relations : crdits, revues, runionsÉ
- la relation entre lĠICEM et la CEL.
- lĠorganisation du dbat au congrs de Lille afin que des dcisions soient
prises dmocratiquement. Il tait ncessaire de runir une AG
extraordinaire mais il fallait dcider qui serait participant cette premire
AG.
Aprs deux mois de travail, des renvois de synthses sur tous, des
tribulations diverses, des oppositions, des dbats passionnsÉ notre commission
a pu laborer des propositions que le Comit dĠAnimation a adoptes.
Le dbat lĠAG de Lille a t lui aussi fort anim car cĠtait l un
changement de conception : un CA de lĠICEM, dont les membres proposs par les
travailleurs de la base seraient lus par une AG.
Pour mmoire, je vous rappelle sa composition :
1. 15 reprsentants rgionaux proposs par les groupes dpartementaux de
chaque rgion et choisis parmi les militants ayant lĠexprience de lĠanimation
dĠun groupe dpartemental.
2. 15 animateurs pdagogiques proposs par les travailleurs des
commissions nationales et des chantiers de lĠICEM Pdagogie Freinet.
3. Les techniciens responsables formant lĠquipe de Cannes participent
avec voix consultative.
Le Conseil dĠAdministration est lu pour 3 ans et renouvelable par tiers
chaque anne : ses membres sont rligibles.
Le Conseil dĠAdministration dsigne parmi ses membres un Comit Directeur
collgial de 6 membres.
Ce nĠest pas pour autant que lĠautogestion avait
trouv toute sa place dans le Mouvement, puisquĠen 1978, six annes aprs, dans
le cadre de la prparation du Congrs de Nantes, avec Andr Mathieu, alors
membre du CD, nous avions dgag plusieurs thmes tudier dont :
1-
le projet ducatif
autogestionnaire de la pdagogie Freinet
2-
lĠadquation du
fonctionnement dmocratique de lĠICEM et de la CEL avec un projet ducatif
autogestionnaire
Depuis les
statuts ont chang plusieurs fois et lĠhistoire des institutions de notre
Mouvement reste crire. Je vous laisse volontiers ce vaste Chantier crateur
de conflits et de controverses car, en vous proposant le thme Ç Le
mouvement Freinet, de lĠautogestion la dmocratie participative È cĠtait de choix pdagogique, social et politique,
dont je voulais changer avec vous.
Mon point de vue sur cette question tant celui dĠun acteur
engag, il ne peut tre, videmment, que contestable. Je compte donc sur vous
pour cette contestation.
Ce point de vue nĠest pas
seulement le mien mais celui des camarades avec lesquels jĠai travaill au sein
de notre Mouvement, avec trois affirmations constantes :
1. La pdagogie Freinet est rvolutionnaire
et participe au changement de la socit.
2. La pdagogie Freinet est
dĠessence autogestionnaire. La recherche et lĠaction autogestionnaires ont donc
leur place dans le Mouvement de lĠEcole Moderne.
3. Les praticiens-chercheurs du
Mouvement et les enfants de leurs classes doivent poursuivre la construction
dĠune pdagogie Freinet vivante et volutive.
I. La pdagogie Freinet est rvolutionnaire et participe
au changement de la socit.
Je laisse ici la parole Michel Onfray, dans la prface
quĠil a bien voulu crire pour mon livre :
Ç La pdagogie Freinet est rvolutionnaire, ds
lors elle fabrique des rvolutions.
Des micros rvolutions, certes, mais lesquelles sont encore
lĠordre du jour, sinon celles-ci ?
Les grands soirs pour demain, - plutt pour aprs-demain
dĠailleursÉ -, qui nĠarrivent jamais mais galvanisent les croyants de tous
poils autour de leurs sectes, de leurs mots dĠordre, de leur slogans, permettent aux amateurs de chapelles
dĠexercer leur talent inoffensifs – voire folkloriques.
En revanche, la capillarit aidant, lĠducateur fait un
rel travail, il ne vocifre pas, il Ïuvre, il fait Ïuvre, et contribue
ce que Deleuze nomme Ç le devenir rvolutionnaire des individus È.
Je suis du ct de ceux-l. È
LorsquĠen janvier 64, nous dcidons, avec Pierre Yvin, dĠinsrer nos
recherches institutionnelles dans le grand chantier autogestionnaire politique,
social et pdagogique qui commenait, nous connaissions les expriences
autogestionnaires yougoslave et algrienne et nous tions, comme bien dĠautres
camarades, engags dans les luttes pour la paix et la dfense des liberts.
Nous voulions voir, partir de l o taient arrives les rflexions sur
la classe cooprative et en tenant compte des contraintes imposes par lĠinstitution
externe et lĠenvironnement social, sĠil tait possible que les enfants puissent
exercer un pouvoir encore plus important dans toutes les prises de dcision
concernant leur vie et leur travail.
Mais nous tenions fortement un principe de cohrence.
Nous concevions la classe cooprative en pdagogie Freinet comme un
systme complexe cohrent en cration permanente, chaque classe constituant, un moment donn de son volution,
de son ttonnement exprimental, un milieu vivant original, une synthse
particulire des multiples facteurs mais ceci autour de finalits communes,
dĠune ide de lĠhomme et de la socit :
- un homme autonome, libre et responsable, apte prendre sa vie en main
et cooprer avec les autres, les accepter dans leur diffrence et lutter
pour lĠavnement dĠune autre socit ;
- une socit dont la libert, lĠgalit, la justice sociale, la
fraternit, la solidarit et le travail dsalin seraient les fondements.
Pour nous, la recherche de la
cohrence entre les finalits et les pratiques doit toujours tre un objectif
des praticiens novateurs soucieux de changer lĠcole.
Nous nĠavions videmment pas la prtention de changer la socit par
lĠcole
Nous savions que la
dmocratisation de lĠcole bourgeoise tait un leurre et que, comme le dit la Charte de lĠEcole
Moderne, Ç Le contexte social et politique, les conditions de travail
et de vie des parents, comme des enfants, influencent dĠune faon dcisive la
formation des jeunes gnrations. È
Nos camarades rvolutionnaires nous disaient alors : Ç A quoi bon sĠoccuper aujourdĠhui
dĠducation ! A quoi bon essayer ds aujourdĠhui de changer lĠcole !
Changeons dĠabord la socit ! È
Faut-il changer la
socit pour changer lĠhomme ou faut-il changer lĠhomme pour changer la socit ?
Vieux dbat et
dilemme insoluble soulign par Marx, Proudhon,
Marcuse, entre autres : seule une rvolution sociale peut fonder une
socit dĠhommes libres, mais ce sont seulement de tels hommes qui peuvent
faire une rvolution. Ç On
ne peut esprer de la rvolution, disait Marcuse aucun changement qualitatif si les hommes qui font la
rvolution sont des hommes et des femmes conditionns et forms par la socit
de classe, dans leur mentalit, leurs besoins et leurs aspirations. È
Alors ceux qui nous accusaient dĠ
Ç illusion pdagogique È, de Ç crer des lots de
socialisme dans lĠcole capitaliste È, Ç de faire le jeu du pouvoir en
amliorant le fonctionnement de lĠcole È, nous rpondions avec Freinet :
Ç Oui, changeons la socit,
mais luttons aussi pour changer lĠcole, car il sĠagit de LUTTER SUR DEUX
FRONTS la fois, sur le front politique et sur le front culturelÉ
Nous ne
comprendrions pas que des camarades fassent de la pdagogie nouvelle, sans se
soucier des parties dcisives qui se jouent la porte de lĠcole, mais nous ne
comprenons pas davantage les ducateurs qui se passionnent activement pour
lĠaction militante et restent dans leur classe de paisibles
conservateurs. È
Nous
trouvions aussi des allis qui affirmaient, comme Jean-Marc Raynaud et Guy
Ambauves, plus tard, dans leur dfense dĠune Education libertaire[2],
Ç lĠenfant est capable dĠautogrer sa vie lĠcole
(cĠest un acquis indiscutable) et cette pratique ne peut que le prparer et
lĠaider continuer dans cette voie une fois adulteÉ Librer lĠenfant, lui
donner les moyens dĠpanouir ses potentialits dans et par le respect de la
libert et de son autonomie, voil un aspect fondamental dĠune lutte globale
autogestionnaire... È.
On ne peut concevoir lĠautogestion lĠcole avec
seulement une vise pdagogique. Elle ne peut prendre son sens quĠen tant
partie intgrante dĠun projet de socit.
Nous affirmions
- quĠune ducation, individuelle et collective la libert et la
responsabilit, tait un aspect important de la lutte autogestionnaire :
il nĠy aurait pas de SOCIALISME
AUTOGESTIONNAIRE sans une EDUCATION AUTOGESTIONNAIRE lĠcole, dans les
familles, dans les centres accueillant des enfants et des jeunesÉ
- et quĠaucune femme, aucun homme, exigeant le droit de grer sa vie et son travail ne peut continuer
coloniser les enfants : cĠest
l un principe de cohrence ducative et politique.
Evidemment a ne
plaisait pas tous nos compagnons de lutte, pas plus que ne plait,
aujourdĠhui, tous les militants de la dmocratie participative, le rappel que
les enfants eux aussi ont le droit la parole et participer aux dcisions
qui les concernent, dans la ville comme dans lĠcole et les autres institutions
o ils vivent.
Cette participation
nĠest plus une possibilit octroye
par des ducateurs rvolutionnaires, mais un droit reconnu par la Convention
internationale des droits de lĠenfant.
Nous avancions aussi comme Freinet un autre
argument : lĠexprience a prouv que
les socits rvolutionnaires ont toujours bnfici, pour le lancement de
leurs coles proltariennes, des expriences menes au sein des socits
capitalistes par les enseignants rvolutionnaires. Cela a t le cas pour lĠU.R.S.S. dans ses coles de libre-ducation.
Les expriences menes en France, en Suisse, en Allemagne, en Grande-Bretagne,
trouvaient au sein de la socit rvolutionnaire, le milieu social ncessaire
leur panouissement. Ce fut aussi le
cas Cuba pour la pdagogie Freinet, avant que les staliniens la fassent
disparatre.
Si demain
lĠautogestion triomphait, nous aurions des solutions proposer, pour que
chacun devienne apte participer rellement la gestion de sa vie et celle
des groupes auxquels il appartient.
En mai 68,
Dans un appel largement diffus,
notre groupe dpartemental a pu affirmer, expriences lĠappui, que la libert dĠexpression et la dmocratie sont
immdiatement possibles dans toutes les coles, avec les coliers, les lycens,
les tudiants, et ce sont les seules voies qui peuvent permettre la formation dĠhommes
libres et responsables, aptes promouvoir la socit nouvelle de justice
sociale et de libert que tous les travailleurs rclament fermement.
Pour
changer lĠcole, nous mettions cooprativement la disposition des enseignants
et des parents, notre exprience, nos outils, nos techniques, nos classes et
nos militants.
Ce sont les solutions,
exprimentes dans les deux chantiers autogestionnaires que nous avions mis en
place, en Loire Atlantique et dans la Commission nationale de lĠenseignement
spcialis, que jĠai pu prsenter aux travailleurs en grve, aux normaliens et
notre Comit autogr de grve.
II. La
pdagogie Freinet est dĠessence autogestionnaire et elle a donc sa place dans
le Mouvement de lĠEcole Moderne
Pour les militants autogestionnaires, il sĠagissait de mettre en
exprimentation, partout o cela tait possible, avec la participation de tous,
de nouvelles formes de vie et de travail.
Pour nous, notre chantier
prioritaire serait lĠcole publique et au sein du Mouvement Freinet car nous
soutenions que la pdagogie Freinet tait dĠessence autogestionnaire. Nous
allions exprimenter, confronter nos pratiques et nos ides avec tous ceux qui
taient en marche Ç vers lĠautogestion È, dans et hors de lĠcole.
Nous savions que Fontvieille,
dans son cole de Gennevilliers, travaillait sur une pdagogie institutionnelle
dimension autogestionnaire, avec Georges Lapassade et Michel Lobrot, aprs sa
rupture avec Fernand Oury qui dveloppait une pdagogie institutionnelle
intgrant les apports de la psychanalyse et de la psychothrapie institutionnelle.
[3]
Bruno Robbes[4]
qui est professeur des coles, matre formateur, praticien et formateur en
pdagogie institutionnelle, et qui a prsent une thse sur lĠautorit de
lĠenseignant Paris X-Nanterre, sous la direction de Jacques Pain, le 2
juillet, nous dit que :
Ç Fernand Oury
sĠopposait aux pratiques non-directive et autogestionnaire (portes par des
instituteurs( Fonvieille, Bessire), des professeurs et des universitaires(
Lobrot, Lapassade, Lourau, Hess), qui bannissaient toute forme dĠautorit de
lĠenseignant en mme temps quĠelles visaient la transformation politique des
institutions externes.
Fernand Oury nĠa eu de cesse
que de se distinguer de ce courant, de marquer les ruptures thoriques et
pratiques sparant ces deux conceptions de la Ç pdagogie
institutionnelle È
Ç Marquer
les ruptures thoriques et pratiques È, cĠest bien ce travail de rflexion
qui est constamment mener lorsque lĠon se rfre une conception pdagogique
quĠelle sĠappelle Ç Pdagogie Freinet È, Ç Pdagogie
institutionnelle È, Ç Pdagogie cooprative È, Ç Pdagogie
autogestionnaire ÈÉ Faute de quoi, on peut en arriver faire de la classe
cooprative, ce que jĠappelle une tour de babel pdagogique.
Le
rle de lĠenseignant, la place quĠil veut occuper dans la classe cooprative,
la relation entre ses pratiques pdagogiques et une conception de la socit,
le pouvoir accord aux enfants, lĠexercice de leurs droits, les dmarches et
outils dĠapprentissage, constituent autant de points qui soulvent des dbats
et qui impliquent de prciser les
fondements philosophiques, psychologiques, sociologiques, politiques,
ducatifs, pdagogiquesÉde nos pratiques.
CĠest ce que Freinet avait donn comme objectifs la revue Techniques
de Vie ses origines.
Avec
Pierre Yvin, nous refusions dĠentrer dans des polmiques striles et des
rapports de force. Nous soutenions que la confrontation, prcisment avec ceux
avec lesquels nous tions susceptibles dĠtre en dsaccord, tait ncessaire et
enrichissante. CĠest pourquoi, en septembre 1965, nous avons invit Michel
Lobrot[5]
au Stage rgional breton de la Loire Atlantique. Contrairement Oury, nous
sommes dĠaccord sur les vises politiques[6]
de lĠautogestion pdagogique, mais nous nous interrogeons sur ses positions
concernant la place de lĠenseignant.
Pour lui, il est ncessaire dĠabolir
les rapports dĠautorit dans la relation matre-lves. Mais lĠenseignant nĠest
pas absent comme dans une pdagogie du Ç laisser faire È, il
intervient dans le cadre et selon les modalits fixes par les lves, il est
leur service et rpond leur demande. Les lves peuvent dcider de leurs
relations, de leurs activits communes, de lĠorganisation du travail et des
objectifs quĠils entendent poursuivre. Ils dtiennent entre leurs mains les
institutions de leur classe quĠils peuvent donc modifier.
Nous doutons que des enfants, qui ont toujours
vcu dans un systme o lĠenseignant dcide de tout, soient dĠemble en mesure
de crer des institutions qui leur permettent de dcider ensemble, de manire
autonome et responsable.
Notre exprience montre que ce nĠest que
progressivement que les enfants arrivent matriser, collectivement, le
fonctionnement dĠun conseil, apprcier la porte de leurs dcisions et
rsoudre leurs problmes. CĠest pourquoi nous ne parlons pas de classe
autogre mais de marche Ç vers lĠautogestion È. Nous nĠattendons pas
leur demande pour mettre en place des institutions ni pour leur apporter une
aide lorsque des divergences ou des conflits paralysent le groupe, au risque
mme de le faire clater.
Mais au fil de nos tentatives autogestionnaires, nous rechercherons
quelles attitudes et stratgies de lĠenseignant rpondent le mieux notre
objectif : faire que chacun soit en mesure dĠexercer pleinement son droit
Ç participer la gestion de sa vie
et celle du groupe auquel il appartient È.
Freinet et lĠautogestion
Nous avons videmment inform Freinet de notre
projet en lui affirmant que, pour nous, lĠautogestion, au mme titre que
lĠauto-organisation, est une dimension fondamentale de la cooprative scolaire,
tel quĠil la conoit.
Dans une intervention en 1928 sur
Ç la discipline parmi les coliers È aux journes pdagogiques de
Leipzig[7],
organises par lĠInternationale des Travailleurs de lĠEnseignement, il a
affirm que Ç La Communaut scolaire est la forme idale de lĠcole
populaire. CĠest le rgime de
lĠautonomie des coliers, comme disent certains pdagogues dĠducation
nouvelle, o mieux, pour parler comme
nos amis russes, de lĠauto-organisation des lves. On a vu les bienfaits de ce
rgime dans les coles communautaires de Hambourg, lĠcole nouvelle de
lĠOdenwald, etc.. ; et surtout dans les coles russesÉMme si lĠordre doit
lgrement en souffrir, tous les citoyens de la communaut doivent apprendre
remplir un rle de citoyen actif. È
Freinet
connat donc les expriences dĠautonomie des coliers dans les communauts
dĠenfants que Ferrire a longuement prsent dans son ouvrage, LĠautonomie
des coliers dans les communauts dĠenfants[8] , la
pdagogie libertaire des coles de Hambourg et la conception de lĠauto-organisation que Pistrak, pdagogue sovitique,
a dvelopp dans son ouvrage Les problmes fondamentaux de lĠEcole du
Travail. [9]
Les coles libertaires, les
communauts dĠenfants de lĠducation nouvelle, lĠcole socialiste, trois
rfrences pour construire une Ecole moderne populaire dans laquelle les
enfants et les jeunes exerceront un pouvoir collectif rel sur leur vie et
leurs activits.
Il se situe aussi dans la filiation de Paul Robin qui sĠappuie,
lĠorphelinat de Cempuis, sur le besoin quĠont les enfants de se gouverner
eux-mmes et la ncessit dĠorganiser lĠcole sous forme dĠune communaut
dĠenfants, pour crer Ç un modle rduit de socit galitaire, o
tout appartient tous et dont les membres doivent se convaincre que le bonheur
de chacun dpend du bonheur de tous. Ainsi dveloppe-t-on chez les lves la
solidarit, le sentiment de la justice, la sociabilit, en leur confiant des
responsabilits au sein de la communaut È[10]
En
1932, dans un document sur Ç La coopration scolaire È[11]
propos de la cooprative, il a prcis que Ç Thoriquement, si elle
est comprise comme un moyen pratique, pour des enfants, de sĠorganiser librement
et de grer leurs propres intrts, dĠamliorer mme leurs conditions de
travail, la cooprative nĠest-elle pas entirement recommandable et ne peut-on
vraiment saleur cette initiative comme un essai pratique de raliser
lĠauto-organisation des coliers ? È
En 1946, il a raffirm que Ç
par la coopration scolaire, ce sont les enfants qui prennent en main,
effectivement, lĠorganisation de lĠactivit, du travail et de la vie dans leur
cole. CĠest cela, et cela seul qui importe. È [12]
CĠest bien ce que nous appelons
lĠautogestion et donc nous pensons que la recherche sur lĠautogestion doit
avoir sa place dans notre Mouvement.
Deux
remarques
Remarque 1
Lapassade, dont le nom est
attach la naissance de lĠautogestion pdagogique en France, a soutenu[13],
plusieurs reprises, quĠÇ
Gennevilliers, l'autogestion pdagogique l'cole primaire, c'est le passage
du Ç conseil de cooprative È au Ç conseil de classe È. Le
conseil de cooprative tait, dans les techniques Freinet (et aussi pour la
Ç Cooprative Profit È, du nom de son fondateur, l'inspecteur Profit)
un moment d'autogestion dans la classe, mais pour les activits
Ç diriges È du samedi aprs-midi, un peu comme dans l'entreprise
l'autogestion se limitait Ç l'arbre de Nol È des enfants des salaris.
Avec le conseil de classe, toute la classe, disions-nous alors, devenait une
Ç cooprative È
Fontvieille, qui travaillait avec
lui, avait la mme position.
Dans sa classe, le conseil,
disait-il Ç ce nĠest pas le conseil de cooprative de la classe Freinet
avec ses structures bureaucratiques, avec ses limites qui mettent hors-champ la
gestion du programme, des horaires rservs chaque matire, etc. [É] cĠest
maintenant lĠorgane de gestion de lĠensemble des problmes du groupe. È[14]
Manifestement Fontvieille et
Lapassade voulaient sciemment ignorer, lĠexistence de pratiques
institutionnelles novatrices dans notre Mouvement et les principes soutenues
par Freinet afin, sans doute, de mieux affirmer quĠils taient les crateurs de
lĠautogestion pdagogique ou de la pdagogie autogestionnaire.
Remarque
2
Freinet a visit lĠcole de
Pistrak lors de son sjour en URSS en 1925 et il a rencontr Kroupskaa Nadejda (pouse de Lnine et Ministre de
l'ducation) qui connaissait parfaitement les travaux des pionniers de
lĠducation nouvelle.
Or celle-ci avait crit propos
des expriences tentes en URSS, Ç l'autogestion
scolaire doit donner aux enfants l'habitude de rsoudre ensemble, par des
efforts communs, les problmes qui se posent eux È [15](
LĠAuteur
dĠun article la concernant[16]
crit : Ç L'autogestion scolaire, estime
Kroupskaa, doit inciter chaque enfant se montrer plus actif , qu'il
s'agisse d'tudier, de travailler ou de faire oeuvre utile pour la
socit ; elle doit englober l'ensemble des lves et leur donner des
droits, des possibilits et des devoirs gaux. ÈÉ
Ç Durant
les premires annes du rgime sovitique, de nombreux enseignants n'ayant pas
encore pleinement saisi la diffrence radicale qui sparait l'cole nouvelle de
l'ancienne, estimaient qu'il incombait aux seuls lves de s'autogrer. Aussi
restaient-ils en retrait, abandonnant les enfants eux-mmes en comptant sur
leur aptitude inne s'auto-organiser. Ils ne comprenaient pas qu' Ç une
des fonctions capitales de l'autogestion scolaire doit tre d'inculquer aux
enfants un sens de l'organisation È (citation Kroupskaa vol.3, p 56)
qu'ils ne possdent pas encore. La tche fondamentale, selon Kroupskaa,
consiste apprendre aux enfants s'organiser et les aider en leur suggrant
amicalement les meilleurs moyens d'y parvenir et en leur recommandant les
questions qu'il convient de poser et de rsoudre, et de quelle faon ;
mais il ne doit en aucun cas faire tout cela leur place. Les enfants doivent
eux-mmes examiner collectivement toutes les questions, prendre des dcisions
et les appliquer. C'est ainsi qu'ils acquerront le sens des responsabilits
vis--vis de la tche qui leur est impartie, le sens de l'organisation, et
qu'ils apprendront se discipliner et se juger eux-mmes. È
Nous nous placions bien dans la
mme approche que Kroupskaa lorsque lĠICEM a dfini lĠautogestion pdagogique
dans le Vocabulaire de lĠducation[17],
en 1978, la demande de Gaston
Mialaret.
Ç lĠautogestion
pdagogique est un systme dĠducation de style communautaire, dans lequel les
enseigns prennent en charge leur propre formation et la vie du groupe quĠils
constituent.
CĠest le groupe qui, aprs les avoir expriments, dcide des
techniques, des formes de travail, du rythme ; qui labore et applique son
programme dĠactivits ; qui institue ses lois et rgle ses conflits.
Dans
ce systme, le matre renonce dtenir seul le pouvoir de dcision, mais il
demeure cependant un lment fondamental du groupe-classe, car la prise en
charge de lĠensemble des activits par les enseigns ne peut tre que
progressive.
Les ducateurs de lĠEcole Moderne parlent de : Marche vers
lĠAutogestion. Ils participent donc activement la vie cooprative, proposent
des techniques dĠexpression et de cration, diffrents modles dĠorganisation,
des outils dĠapprentissage, pour rpondre aux besoins des enfants et du groupe.
La personnalit de lĠducateur et sa stratgie pdagogique sont deux
facteurs importants.
La vie cooprative avec son climat de solidarit, dĠamiti, mais aussi
avec ses contraintes, favorise une ducation du travail et celui-ci retrouve sa
vritable signification : il est librement choisi et rpond de vritables besoins.
LĠautogestion pdagogique sĠinscrit dans un projet de formation de
personnes libres et responsables et de rvolution de lĠcole et de la socit.
Elle appelle un profond changement des faons de penser et de vivre
lĠducation. È
Pour nous Autonomie des coliers, auto-organisation, autogestion, ces termes recouvrent des pratiques dmocratiques qui vont dans la
mme direction : donner aux enfants et aux jeunes les moyens de prendre
leurs affaires en main, dĠexercer un pouvoir collectif rel sur leur vie et
leurs activits,et, par cette pratique, dĠacqurir les comptences qui leur
sont ncessaires. Ç CĠest en forgeant quĠon devient forgeron È
Mais quĠen
est-il de Freinet ?
Freinet connat les travaux de Rogers, les recherches sur la dynamique de
groupe et lĠexprience autogestionnaire mene en Algrie par notre camarade
Ren Linars. Il est aussi au courant des polmiques autour du conseil. CĠest
pourquoi, il propose quĠau congrs de Brest, en avril 1965, une sance plnire
soit consacre au thme Ç De la coopration lĠautogestion È.
Dans un document prparatoire[18],
il indique que Ç parmi les pratiques
pdagogiques les plus aptes former
le citoyen de demain d'une socit dmocratique, nous mettons en premire
place la cooprative scolaire telle
que nous la pratiquons. Nous aurons faire
le point ce sujet sur certaines
tendances qui se font jour dans la presse pdagogique en faveur de courants,
ns de notre pdagogie et que dĠautres voudraient bien exploiter leur
service È.
A propos de Ç Cooprative, Conseil
de cooprative, Autogestion È, il sÔinterroge : Ç Faut-il vraiment
envisager des branches spares pour notre mouvement de coopration scolaire ou
regrouper le tout sous une conception gnrale adapte aux classes et aux
milieux ? Deux anciens adhrents parisiens font grand bruit dans la presse
dĠune ralisation dont ils auraient eu lĠinitiative : les Conseils de
classe. Nous devrons leur rappeler dĠabord que cette initiative, ils en ont eu
la rvlation lĠEcole Freinet, et quĠils en ont perfectionn la technique par
tout ce que nous avons publi dans lĠEducateur, en fait de comptes rendus
dĠexpriences dans les classes de toutes natures. Et nous voudrions viter
quĠon mette ainsi en vedette un lment seulement de lĠaction cooprative qui
nĠa de sens et de porte quĠen fonction de la vitalit dans la classe de
lĠidal coopratif. Nous ne voudrions pas courir le risque de voir un jour des
ducateurs substituer les conseils de classe la cooprative, ce qui serait la
ngation de toute pdagogie cooprative. È
Il prcise quĠil nĠest pas partisan dĠune
formule unique gnrale et souveraine de coopration scolaire et cite
lĠexprience de nos camarades algriens qui Ç sont arrivs tout
naturellement harmoniser leur coopration scolaire avec le grand mouvement
dĠautogestion des entreprises sociales. Et nos camarades parlent eux-aussi
dĠautogestion È. Il envisage,
avant le congrs, de prsenter les donnes du problme dans une B.E.M. : De
la cooprative scolaire lĠautogestion.
En fvrier 1965, il publie
un long et trs intressant article, De la dynamique de groupe la
coopration scolaire et lĠautogestion[19]. Pour lui, exemples lĠappui, Ç la
dynamique des groupes, tout comme la vie dĠune cooprative, est base de
dynamisme individuel. È Tenant compte
des recherches actuelles, il estime que Ç les nouveaux rapports des
individus avec les groupes et leurs ractions dans ces groupes mritent dĠtre
tudis È. Il insiste sur la dynamique des
individus au sein des groupes mais, pour lui, ce qui importe dĠabord, cĠest le
but prcis qui runit le groupe, cĠest lĠorganisation collective dĠun travail
dont chacun sent la ncessit.
Dans ces conditions, le Ç conseil
de classe È est souhaitable sĠil est vraiment lĠmanation de la
cooprative ou du groupe qui garde tout pouvoir sur son action. Il devient
dangereux sĠil se transforme en institution bureaucratique souveraine qui agira
selon son bon vouloir pendant la dure de son mandat. È
Il rappelle que dj en
1939, lĠoccasion du Congrs de la Ligue pour lĠEducation Nouvelle, il
crivait propos de Ç lĠEcole au service de lĠidal
dmocratique È : Ç LĠapplication des principes dmocratiques
suppose une reconsidration du problme ducatif, qui ne sera plus centr
seulement sur lĠindividu, mais sur lĠindividu au sein de la communaut ;
un vritable acte de foi dans les possibilits de la nature humaine.
LĠidologie totalitaire joue sur un complexe dĠinfriorit de la grande masse
qui cherche un matre et un chef. Nous disons, nous : lĠenfant et lĠhomme
sont capables dĠorganiser eux-mmes leur vie et leur travail pour lĠavantage
maximum de tous. È[20]
Se rfrant lĠexprience
algrienne, il estime que : Ç LĠautogestion nĠest pas une
institution faussement idale comme le sont certaines coopratives. LĠautogestion
suppose au pralable une entreprise grer, et quĠon grera en commun. Ma foi,
je verrais trs bien notre entreprise ducative se faire de plus en plus en
autogestion, cette gestion ne se limitant pas quelques formules
disciplinaires, mais lĠorganisation en commun de toute la fonction
enseignante et ducative. È
Il appelle donc une
discussion ouverte, au congrs, partir des recherches, des expriences et des
travaux qui seront prsents, pour Ç permettre
dĠtudier comment, et par quel processus lĠorganisation scolaire autocratique
actuelle pouvait cder le pas la
nouvelle organisation cooprative ou dĠautogestion È.
Malheureusement, faute de temps, cette rflexion nĠaura pas lieu. La
plnire sera consacre un dbat centr sur le film De la coopration
lĠautogestion qui montre comment, en
Algrie, Ç lĠide dĠautogestion lĠcole sĠtend selon les mmes principes
et avec le mme succs aux diverses entreprises dĠadultes È.
Freinet,
dans lĠEducateur, en mai 1965,
publie un nouvel article[21]
dans lequel il soutient quĠ Ç il ne serait pas mauvais de
distinguer lĠavenir, dans le complexe coopratif :
- une autogestion que nous
dirons administrative, que nous pratiquons aussi, qui est organisation
cooprative des tches matrielles au sein ou hors de lĠcole ;
- et lĠautogestion pdagogique
qui en est comme lĠindispensable deuxime volet et qui marque lĠorganisation
cooprative du travail pdagogique dans le texte libre, lĠimprimerie, le
journal, les fichiers, etc. È
Il prend nettement position en
affirmant que Ç cette autogestion est notre Ïuvre. Nous devons en
sauvegarder lĠorganisation et la paternit. Rien ne sera chang au fond. Nous
adapterons seulement les dnominations aux ncessits de lĠheure. Cela nous
permettra dĠviter bien des malentendus. En avant donc pour lĠautogestion
administrative et pdagogique lĠEcole Moderne. È
Avec Pierre Yvin, nous apprcions le
positionnement de Freinet qui ouvre le champ de lĠexprimentation
autogestionnaire. Nous attendons avec impatience la B.E.M. De la coopration
lĠautogestion, afin quĠune
confrontation des pratiques coopratives et un dbat thorique sĠinstaurent
dans le mouvement.
Lectures, changes et dbats mĠont montr
que le fonctionnement des conseils ainsi que le pouvoir collectif reconnu aux
enfants pouvaient tre trs diffrents dĠune classe lĠautre. Il tait donc
important de faire le point et de se donner de nouvelles perspectives
collectives de recherche en y associant plus activement les enfants.
Mais Freinet, fatigu et proccup par
des problmes au sein du mouvement, nĠcrira pas le document De la
coopration lĠautogestion. Aucune
rflexion nationale ne sera lance avant sa mort le 8 octobre 1966.
JusquĠen mai 1968, lĠaction et la
recherche sur lĠautogestion seront mis en Ïuvre, principalement, au sein de la
Ç commission autogestion È du groupe dpartemental de la
Loire-Atlantique et par une vingtaine de membres de la commission nationale de
lĠenfance inadapte. Celle-ci va largement diffuser, en 1968, un document Vers
lĠauto-gestion en classe de perfectionnement[22]
qui rassemble la
synthse dĠun cahier de roulement entre quatorze membres de la commission et
des articles parus dans lĠEducateur breton
et dans Chantiers 44.
Puis, en 1969, elle publie un nouveau
document, Expriences dĠauto-gestion en classe de perfectionnement, qui rassemble quatre expriences, celles dĠYvette
Boland en Belgique, de Jean Le Gal, de Lucette Magne et de Pierre Yvin.
Ce document deviendra, en 1971, la
premire publication de lĠICEM : Vers lĠautogestion[23] dont Jean Vial crira la prface.
Aprs mai 68, les Ç travailleurs de
lĠautogestion È que nous tions, selon une expression de Marcel Mermoz, sont
devenus plus nombreux. Mais nous nĠavons jamais russi impliquer la grande
masse des militants de lĠICEM.
Deux raisons principales pourraient tre
avances, sous forme dĠhypothses :
- le fait que nous accordions le droit
aux enfants de remettre en cause nos dmarches, techniques et outils inquite
un certain nombre de nos camarades ;
- notre constante affirmation que les
pratiques pdagogiques et ducatives devaient tre cohrente avec une
conception sociale et politique que le mouvement devait dfendre dans et hors
de lĠcole, soulve des oppositions.
III. Les praticiens-chercheurs du Mouvement et les
enfants doivent poursuivre la construction dĠune pdagogie Freinet vivante et
volutive
Nous
sommes en mars 1970 au Congrs de Charleville-Mzires.
Le Comit dĠAnimation de lĠICEM
et le Conseil dĠAdministration de la CEL ont pass dj une nuit et une journe
en runion : nous discutons du devenir de la pdagogie Freinet et de notre
Mouvement.Les dbats sont anims, passionns, trs vifs parfois.
La lutte est svre entre des
anciens qui veulent maintenir la pdagogie Freinet au point o elle tait la
mort de Freinet et Pierre Yvin, quelques autres camarades et moi-mme. Nous soutenons
que les enfants, pour rpondre leurs
besoins individuels et collectifs, pour exercer pleinement leurs droits et
liberts, doivent pouvoir engager une reconsidration de nos techniques, outils
et institutions.
CĠest alors que nous nous faisons
interpells fermement :
Ç LĠautogestion, ce nĠest
pas la pdagogie Freinet ! Si vous voulez pratiquer lĠautogestion, alors
crez un autre Mouvement ! È
Le verdict a du poids. Il mane
dĠune camarade dont nous respectons lĠaction militante, la connaissance de la
pdagogie Freinet, le long compagnonnage avec Freinet et Elise Freinet. Pour
elle, la pdagogie de Freinet sĠarrte sa mort. Toute cration nouvelle ne peut
pas sĠappeler Ç Technique Freinet È.
Le moment est grave pour nous,
videmment, mais surtout pour le devenir de notre pdagogie.
Le choix du CA va dcider de
lĠavenir des pratiques de lĠEcole moderne.
LĠICEM
et ses militants auront-ils pour unique fonction de transmettre un acquis
immuable de principes, de techniques et dĠoutils, dĠtre les gardiens du temple ?
Ou
doivent-ils dcider, dans le respect des principes qui nous sont communs, de
continuer le processus de cration de dmarches, de techniques et dĠoutils, qui
a t le ntre depuis les origines de notre mouvement ?
SĠil sĠagit de mettre en place uniquement un
processus de transmission, alors nos recherches autogestionnaires, et celles de
nos camarades dans dĠautres domaines, nĠont videmment plus leur place
lĠICEM, alors que Freinet lui-mme les acceptaient. Mais Freinet nĠest plus l
pour soutenir nos initiatives novatrices.
Nous dfendons la poursuite dĠun
processus crateur au sein dĠun Mouvement qui est le ntre. La pdagogie
Freinet a toujours t une construction collective cooprative.
Aprs des heures de dbat, le
Comit dĠanimation va dcider que dsormais la pdagogie de lĠICEM sera celle
qui sera cre par ses militants dans le respect des principes qui nous sont
communs. Toute recherche, toute ide, dĠun membre de lĠICEM sera prise en
compte, discute, confronte celles des autres. La cration est ouverte.
Dans le champ de lĠautogestion, les enfants
garderont le pouvoir de faire voluer nos techniques et outils.
Jacky Chassanne, responsable de la Commission nationale autogestion,
jusquĠen 1982, dveloppera notre positionnement de faon pertinente, en 1971, dans un texte[24] appelant
lire et mditer notre ouvrage Vers lĠautogestion :
Ç Tellement convaincus de la valeur libratrice
de nos techniques que nous introduisons a priori, nous oublions peut-tre
quĠelles peuvent tre remises en question par lĠenfant, nous oublions aussi
quĠelles ne sont libratrices que si lĠon organise vraiment la libert dans la
classe, dans lĠcole[É] Pour que le ttonnement soit multipli, lĠexpression authentique, la sensibilit
plus affine, la communication plus indispensable et plus valorisante, la
motivation plus intense, il faut faire toujours davantage intervenir le facteur
libert.
LorsquĠau nom de cette
libert (dĠaction et de pense) les enfants prennent en charge lĠorganisation
du travail, ils sont trs vite amens faire clater les structures,
rflchir sur les techniques proposes par le matre, amnager des
institutions pour favoriser lĠactivit libre de chacun, pour envisager les
temps de communication, dĠinformation, de prvisions, de bilan. Ils sont sur le
chemin de lĠautogestion. Et des questions naissent qui pour avoir t poses
ncessitent un clairage nouveau : cadre de vie, part du matre, relation
matre-lves, institutions coopratives, choix et droulement des
activits. È
JusquĠau dbut des annes 80, nous
continuerons changer nos expriences, nos interrogations, nos rflexions, au
sein du groupe dpartemental de la Loire-Atlantique, du Club Freinet 44, de la
commission Education spcialise, de la commission Ç autogestion È de
lĠICEM.
Nous allons en discuter dans des congrs, dans des stages, des journes
de travail, en France, en Belgique, en ItalieÉ Nous allons animer des
formations autogres : Groupe de formation et de recherches de
lĠUniversit de Caen (GFR), Groupe autogr de formation et de recherche-action
de Nantes (GAFRA). [25]
Nous allons aussi beaucoup crire et tablir de nombreux contacts avec des praticiens de
lĠautogestion, des syndicalistes, des universitaires, des chercheurs, car ces
annes dĠaprs 68 ont t une sorte dĠge dĠor de lĠautogestion.
Nous avions la conviction quĠen multipliant les expriences
autogestionnaires de base, dans tous les domaines, nous participions une transformation
radicale de la socit.
Mais, vers la fin des annes 70, on sent que lĠengagement commence
dcrotre dans notre Mouvement, au moment o la plupart des syndicaux et des
partis de gauche sĠaccaparent le concept, et que de nombreux livres sont
publis.
Pour relancer la rflexion, Jacky Chassanne, le responsable de la
commission nationale Ç autogestion È, publie, en 1977, un premier
dossier dans lĠEducateur[26]qui annonce une srie de documents o seront traits
diffrents thmes :
- Non directivit et autogestion.
- Quoi grer, comment grer ? Les institutions.
- Autogestion et apprentissages.
- Part du matre, part du groupe, les leaders, lĠinfluence du milieu.
- Et les petits ?
Pour lui, le moment est venu dĠlaborer une parole collective de lĠICEM
sur le problme de lĠautogestion pdagogique car Ç Autogestion È
est la fois un mot tabou, un mot magique, un mot refuge, un mot espoir.
Prononcer le mot, faire rfrence au concept dĠautogestion, cĠest souvent
provoquer chez lĠinterlocuteur un malaise, une raction charge dĠaffectivit,
de sentiments diffus o sĠaffrontent lĠenthousiasme, lĠincertitude, voire
lĠinquitude. Comme tous les thmes qui visent contester les ides reues,
les hirarchies et les pouvoirs institus, celui-ci est lĠobjet dĠoppositions
systmatiques qui tmoignent dĠun refus dĠun nouveau consensus social et
idologique. LĠabsence relative de doctrine, lĠabsence de modle contribuent
lĠentretien du malaise que lĠon se situe au niveau dĠexprimentations
politiques, conomiques, sociales ou pdagogiquesÉ
Il publie rapidement un deuxime dossier.[27]
Mais il ne reoit que peu de ractions et pas de soutiens explicites au sein de
lĠICEM. Il dcide donc dĠarrter de publier mais il continue penser que nous
devons largir nos proccupations lĠautogestion des tablissements et aux
luttes des travailleurs. Le groupe dpartemental de la Loire Atlantique,
fortement impliqu, est prt sĠengager dans ce sens.
Au congrs de Nantes en 1978, avec Andr Mathieu, dans le dossier de
presse remis aux journalistes locaux et nationaux, nous affirmons que lĠautogestion
demeure un des principes fondamentaux de la pdagogie Freinet et que nous
devons rester en prise directe avec les expriences menes dans le champ social
et conomique.
Nous pensons un moment organiser au Congrs un groupe de rflexion sur
lĠautogestion et y inviter des praticiens et des chercheurs que nous avons rencontrs
la Confrence internationale sur lĠautogestion de Paris en septembre 1977.
Mais nous y renonons, faute
de temps.
Au Congrs, des journalistes posent des questions
sur lĠautogestion mais nĠobtiennent que peu de rponses. Le journaliste de Libration me dira : Ç il semble que votre
Mouvement sĠintresse plus la cooprative quĠ
lĠautogestion ! CĠest tonnant, alors quĠon parle et quĠon crit de
plus en plus sur lĠautogestion.È
La recherche autogestionnaire se meurt donc doucement dans notre
Mouvement mais la rflexion et
lĠaction continuent au Club Freinet 44, au GFR, au GAFRA.
Au Club Freinet 44, Andr Mathieu et Jean Paul Boyer tudie les leaders
de conseil. Je commence une recherche universitaire sur les Lois dans la classe
cooprative. Nous recevons Marcel Mermoz, auteur de Ç LĠautogestion, cĠest
pas de la tarte ! È[28]
Au niveau national de notre Mouvement, un nouvel axe dĠexprimentation et
de thorisation prend de plus en plus dĠimportance : Ç Gense de la
cooprative È anim avec dynamisme par notre camarade Ren Laffitte. Ce
groupe va favoriser le retour de Fernand Oury au sein de lĠICEM et va
sĠintituler, ultrieurement, TFPI, Techniques Freinet Pdagogie
institutionnelle.
Mais ceci est une autre
histoire que nos camarades de la PI nous raconteront un jour.
En relisant, tous les articles et documents que nous avons crits, jĠai
pris encore plus conscience de la richesse des savoirs exprientiels produits,
en particulier sur la classe cooprative, ses institutions, lĠorganisation des
dbats, lĠexpression des opinions, la prise de dcision, lĠducation la
responsabilit et une citoyennet active et responsable.
AujourdĠhui encore, cĠest la grille dĠanalyse dĠune dmarche
participative : proposer, discuter, dcider, appliquer, labore en 68,
que je propose aux groupes et collectivits qui veulent tenter de mettre en
place une dmocratie participative.
IV. DE LĠAUTOGESTION A LA DEMOCRATIE PARTICIPATIVE
Notre Mouvement par sa philosophie de
l'ducation et par ses pratiques de libre expression, d'auto-organisation et de
pouvoir collectif et individuel des enfants sur leurs apprentissages et leur
vie, a toujours tmoign de son attachement aux droits et pouvoirs de
lĠenfant.
CĠest pourquoi, au Congrs de Nantes, en
1957, il avait adopt une Ç Charte de l'enfant È en 16 articles, transmise
aux Nations Unies.
L'article 15 est significatif de notre
conception constante : Ç Les enfants ont le droit de s'organiser
dmocratiquement pour le respect de leurs droits et la dfense de leurs
intrts. È
En 1983, alors que les Nations Unies
commencent peine travailler sur le projet de Convention Internationale, l'ICEM,
son Congrs de Nanterre, organise
un Ç Colloque sur les droits et les pouvoirs des enfants et des
adolescents È. Plus de trois cents personnes y participent. Nous demandons
Alain Savary, ministre de lĠEducation nationale, un statut lgal pour la
classe cooprative et la reconnaissance de droits lĠcole pour
lĠenfant-citoyen.
Je lui ai fait parvenir, en 1982, la
demande du Comit directeur, un rapport sur l'ducation la dmocratie, dans
lequel jĠcris que Ç l'exprience des classes coopratives tmoigne que
les enfants peuvent tre les
acteurs responsables de leur vie scolaire lorsque le droit et les moyens leur
en sont donns. Une vritable classe cooprative doit tre, pour les enfants et
les ducateurs, le champ exprimental de l'ducation la dmocratie. Ils
auront ensemble autogrer les activits, l'organisation et les
institutions... È
Mais notre demande de reconnaissance
de la citoyennet de lĠenfant
reste sans rponse tout comme celle de revoir les rglements de surveillance
pour une circulation autonome et responsable des enfants lĠcole, que nous
estimons ncessaire pour une relle ducation la libert et la
responsabilit.
Responsable de la recherche et des droits
de lĠenfant au CA de lĠICEM, je suis mandat pour participer, avec lĠ ONG Dfense des Enfants International
(DEI), aux rflexions sur lĠlaboration de la Convention Internationale des Droits
de lĠEnfant. Nous saluons videmment avec grand intrt son adoption le 20
novembre 1989.
Dsormais, l'enfant est une personne
part entire dont la dignit doit tre respecte. Il peut prtendre
l'exercice des liberts d'expression, d'association, de pense, de religion et
au droit au respect de sa vie prive. Il peut prendre la parole, seul et avec
les autres, sur les affaires qui le concernent et participer aux dcisions.[29]
L'cole ne pourra plus ignorer longtemps,
dans son organisation et ses pratiques, les liberts de l'enfant. Elle devra
mme les lui apprendre et l'aider exercer sa nouvelle citoyennet. Le savoir
exprientiel que nous avons accumul nous permet dĠaffirmer, que lĠexercice
dĠun vritable droit de participation dans lĠcole et toutes les institutions
ducatives est possible.[30]
Nous affirmons aussi que pour que cet
exercice dmocratique soit possible, il est ncessaire dĠy former les
enseignants[31] et les ducateurs en leur proposant des dmarches et
de structures participatives dans tous les lieux de formation : Ç pour
pouvoir accompagner les enfants dans leurs ttonnements sociaux, dans leur
processus d'autonomisation, pour savoir poser les limites ncessaires leur
scurit affective et juridique, pour aider efficacement la cration
d'instances collectives de dcision et de rgulation, il nous semble ncessaire
que les stagiaires puissent vivre eux-mmes l'exprience qui sera celle des
enfants, au cours de leur formation. È[32]
Ces affirmations nous placent dans le
camp des dfenseurs dĠune dmocratie participative qui soutiennent que Ç Toute personne a le
droit de prendre part la direction des affaires de son pays, soit
directement, soit par lĠintermdiaire de reprsentants librement choisis È
(Art 21 de la Dclaration Universelle des
Droits de lĠHomme) et quĠun citoyen actif et responsable doit pouvoir faire
entendre son avis, proposer des projets et des solutions aux problmes,
sĠassocier aux dbats et aux prises de dcision et assumer des responsabilits
dans leur mise en Ïuvre.
Nous savons que cette Ç citoyennet participative È, telle que
nous la concevons, exige que les dtenteurs du pouvoir, quels quĠils soient, acceptent de le partager. Or nos
observations montrent que ce partage ne peut exister rellement sans la
conviction que tout tre humain a les capacits de donner un avis pertinent et
de participer aux dcisions qui le concernent. Nous
retrouvons ici Freinet, [33]
qui affirmait dj en 1939 que Ç lĠenfant
– et lĠhomme- sont capables dĠorganiser eux-mmes leur vie et leur
travail pour lĠavantage maximum de tous. È
Cela nĠimplique videmment pas que les adultes abandonnent leurs
responsabilits ducatives mais quĠils accompagnent les enfants dans leur
accession individuelle et collective lĠexercice des liberts et de la
dmocratie, au fur et mesure que se
dveloppent leurs capacits.[34]
Nous expriences autogestionnaires sont des points dĠappui solides pour
rpondre la question : Comment permettre aux enfants dĠexercer une
participation relle aux affaires qui les concernent tout en se formant cette
participation ?
Pour mmoire, je rappelle quĠau Congrs de Rennes en 2000, nous nous
sommes interrogs sur Ç Quelle ducation pour une dmocratie
participative È
Nous avons affirm que notre action dĠducateurs tait lie aux
mouvements de lutte actuel pour la cration dĠun autre monde. Nous nous sommes
engags poursuivre la recherche dĠune cole qui offre aux enfants et aux
adultes la possibilit dĠy exercer leurs liberts et leur pouvoir individuel et
collectif sur leur vie et leur travail. La rflexion et lĠaction doivent
continuer car nous avons encore des rponses trouver aux cinq grandes
questions que nous nous posions alors :
- comment faire pour que TOUS les enfants puissent donner leur avis et
tre associs aux dcisions et leurs applications ?
- quel pouvoir rel et dans
quels domaines pourront-ils exercer ?
- quels apprentissages de la citoyennet et de la dmocratie mettre en
place afin que TOUS soient forms, et pas seulement quelques lus, une
participation active et responsable ?
- quels droits et liberts individuelles pourront sĠexercer au sein de la
collectivit scolaire et comment ?
- comment apporter des rponses aux conflits et aux infractions en
respectant la dignit des enfants et les principes fondamentaux du droit ?
Et pour en revenir notre Mouvement, je rappelle la question sur
laquelle nous avions chang avec Freinet, voil prs de 50 ans : Comment
faire pour que tous les praticiens de la pdagogie Freinet deviennent des participants actifs et responsables
du mouvement, non seulement au niveau pdagogique, mais au niveau de son
organisation et des dimensions sociales et politiques de son action ?
En paraphrasant Michel Onfray,[35]
propos de lĠarchitecture pour son universit populaire, nous pourrions aussi
nous demander : Comment continuer inventer ensemble Ç une
pdagogie libertaire, libre, indpendante, souveraine, autonome, rebelle,
singulire ? È
La place de lĠenfant dans nos classes et nos coles a toujours t importante quĠil sĠagisse dĠorganisation sociale ou dĠorganisation des activits et des apprentissages.
Mais nous sommes un mouvement dĠinnovation et de recherche qui agit pour la transformation de lĠcole. Or les premiers intresss, ce sont les enfants. Ceux-ci, aujourdĠhui, ont le droit dĠexprimer leur avis et de participer aux dcisions qui les concernent. Nous devons donc nous interroger sur leur participation aux recherches et aux rflexions que nous menons. JĠaffirme, en ce qui me concerne, que pour le praticien-chercheur Freinet, mobilisant ses capacits dĠinnovation pour tenter de rsoudre les difficults de mise en place dĠune ducation de qualit pour tous, il ne peut tre question de mener des observations et des exprimentations sans que les enfants en soient des participants part entire.
[1] MATHIEU
Andr, lĠAutogestion lĠICEM, in document du GFR, LĠautogestion dans la
classe, 1981.
[2] RAYNAUD
Jean-Marc, AMBAUVES Guy, lĠEducation libertaire, Paris, Spartacus, mai 1978
[3] Pour
plus dĠinformation sur le dveloppement de ces deux expriences, lire les livres et documents de la Pdagogie
institutionnelle et deux ouvrages :
LAMIHI Ahmed, De Freinet la pdagogie
institutionnelle ou lĠcole de Gennevilliers,Editions
Ivan Davy, 1994
FONVIEILLE Raymond, Naissance de la pdagogie autogestionnaire, Editions Anthropos, 1998
[4] Bruno ROBBES
, Les pratiques institutionnelles : rponses actualises pour lĠautorit
de lĠenseignant ?
[5] LOBROT
Michel, La pdagogie institutionnelle. LĠcole vers lĠautogestion. Paris, Gauthier-Villars, 1996.
[6] Ç sans une
autogestion, au moins en germe, lĠcole, sans une prise en charge des lves
par eux-mmes, sans une destruction au moins partielle de la bureaucratie
pdagogique, il nĠy a aucune formation vritable attendre, donc aucun
changement dans la mentalit des individusÉ Il faut commencer par lĠcole. La
socit de demain sera par lĠcole ou elle ne sera pas È.
[7] Pdagogie
proltarienne, thses, rapports et dbats, des Journes pdagogiques de
Leipzig, organises par lĠI.T.E., Pques 1928, Paris, Editions de
lĠInternationale des Travailleurs de lĠEnseignement, 1928
[8] FERRIERE
Adolphe, LaĠutonomie des coliers dans les communauts dĠenfants, Neuchtel, Delachaux et Nietsl, 1921.
[9] PISTRAK, Les
problmes fondamentaux de lĠEcole du Travail, Editions
de lĠI.T.E. ( Internationale des Travailleurs de lĠEnseignement), 1921,
rdition, Descle de Brouwer, 1973.
[10] HUSSON J.,
Paul Robin, Brochures dĠEducation Nouvelle Populaire, nĦ44,
mars 1949, Editions de lĠEcole Moderne Franaise.
[11] FREINET
Clestin, La coopration scolaire, LĠImprimerie lĠcole, nĦ 50,
mars 1932.
[12] FREINET Clestin, La coopration lĠEcole moderne, LĠEducateur,
nĦ 18, 15 juin 1945.
[13] LAPASSADE
Georges., L'autogestion pdagogique : un dispositif de formation", in AUTOGESTIONS, 12/13, hiver 1982-1983, PRIVAT, Ç Les passions
pdagogiques È.
[14] LAMIHI
Ahmed, De Freinet la pdagogie institutionnelle ou lĠcole de
Gennevilliers,op. cit.
[15] KROUPSKAìA Nadejda, Pedagogiceskie
socienmija , vol. 3, p 203-204 , Editions
Acadmie des sciences pdagogiques de la RSFSR,, Moscou, 1957-1963
[16] Article paru dans Perspectives , revue trimestrielle d'ducation compare, Paris, UNESCO, Bureau International d'Education) vol. XXIV, nĦ 1-2, 1994, p 51-63
[17] MIALARET
Gaston, sous la direction, Vocabulaire de lĠducation, Paris,
PUF, 1979.
[18] Educateur
Magazine, nĦ 9, 1 janvier 1965.
[19] FREINET
Clestin, De la dynamique des groupes la coopration et lĠautogestion, lĠEducateur, nĦ 11, fvrier 1965.
[20] Cette reconnaissance de la capacit de lĠenfant et de lĠhomme participer la gestion des affaires qui les concernent, est, aujourdĠhui, un principe fondamental de notre action pour une dmocratie participative.
[21] FREINET
Clestin, Autogestion pdagogique et autogestion administrative lĠcole, lĠEducateur, nĦ 18-19, 15 mai-1juin
1965.
[22] Vers lĠauto-gestion en classe de perfectionnement, Documents ICEM-perfectionnement, 1968
[23] BOLAND Yvette, LE GAL Jean, MAGNE Lucette, YVIN Pierre, Vers lĠautogestion, op.cit.
[24] CHASSANNE
Jacky, Autogestion, lĠEducateur, nĦ
17-18, 15 mai-1 juin 1972.
[25] Pour plus dĠinformations,
lire, LE GAL Jean, Le matre qui apprenait aux enfants grandir. Un
parcours en pdagogie Freinet vers lĠautogestion, co-dition Editions
libertaires et Editions ICEM, 2007
[26] CHASSANNE Jacky et le chantier autogestion, Vers lĠautogestion (dossier pdagogique), 1re partie, nĦ 7, lĠEducateur, 10 janvier 1977.
[27] CHASSANNE Jacky et le chantier autogestion, Vers
lĠautogestion (dossier pdagogique),
2e partie, nĦ 8, lĠEducateur, 30
janvier 1977.
[28] MERMOZ
Marcel, LĠautogestion, cĠest pas de la tarte !, Paris, Seuil, 1978
[29] Art 12 de
la Convention : Ç Les Etats parties garantissent l'enfant qui est
capable de discernement le droit d'exprimer librement son opinion sur toute
question l'intressant, les opinions de l'enfant tant dment prises en considration
eu gard son ge et son degr de maturit. È
[30] LE GAL
Jean, Les droits de lĠenfant lĠcole. Pour une ducation la citoyennet.
Bruxelles, De Boeck-Belin, 2002
[31] LE GAL Jean,
Participation dans un stage de formation d'enseignants : vivre la participation
pour mieux l'enseigner, in Citoyennet et participation des enfants et des
jeunes, numro spcial de Russir-action, 2, 1995, Francas
[32] LE GAL Jean,
De l'ducation cooprative et autogestionnaire aux droits de l'enfant, 1960-1995, 330 p., document indit qui rassemble mes principaux crits.
[33] FREINET
Clestin, Ç LĠcole au service de
lĠidal dmocratique È, LĠEducateur proltarien, 18,
15 juin 1939.
[34] LANDSDOWN
Gerison, Les capacits volutives de lĠenfant, UNICEF, 2005
[35] ONFRAY Michel,
Suite La Communaut philosophique
Avec Patrick Bouchain, Une machine porter la voix
Editions Galile, 2006